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Une nuit pour dire les 1001 Romain Gary

A l’occasion de l’entrée de Romain Gary dans la prestigieuse collection de la Pléiade, Eric Fottorino, président de la 38e Foire du livre et passionné de Gary, n’a pas résisté à la tentation de lui consacrer une soirée au Théâtre.

Tracer le contour d’un homme aux multiples visages et d’une œuvre aux multiples facettes n’est pas chose aisée. Eric Fottorino s’y est attelé avec passion, entouré de Mireille Sacotte qui a piloté l’entrée dans la Pléiade de Romain Gary et du journaliste Olivier Weber. Les savoureuses lectures du comédien Jacques Bonnaffé auront, elles, rendu hommage à la langue, la sensibilité et l’humour de l’auteur de La vie devant soi.

Un auteur longtemps méprisé, accusé à tort de ne pas être cultivé, d’être un imposteur. “Mais à vrai dire, l’imposture était honnête et même existentielle”, ont expliqué les intervenants. “Tous ses pseudonymes, dont le plus célèbre, Emile Ajar, lui ont permis de s’approprier le réel. Il a eu besoin de toutes ces identités pour se réinventer.”

Il n’y a encore pas si longtemps de cela, on lui reprochait de ne pas savoir écrire. Cela paraît fou aujourd’hui que Gary entre dans la Pléiade. “Son goût pour le plus-que-parfait, utilisé parfois à contre-temps, ne suffit pas à expliquer ce désaveu!”, sourit Mireille Sacotte. Désaveu dont il a aussi souffert dans sa vie publique. “On reprochait à ce diplomate subtil et cultivé d’être toujours gaulliste en mai 1968.”

Farceur à la personnalité tonitruante, “il ne faisait pas assez intellectuel pour les intellectuels de son temps”, résume Mireille Sacotte. “Les universitaires, les critiques même, lui ont fait une gueule qui faisait écran à son œuvre”, prolonge Olivier Weber. L’œuvre d’Ajar était encensée, celle de Gary détestée. Elle était le fruit du même homme pourtant !

Visionnaire, écologiste avant l’heure, Romain Gary était aussi quelqu’un de courageux. Aviateur pour la France libre, il aurait dû mourir 1000 fois. Il aura finalement vécu 1000 vies. “Il avait une incroyable volonté de vivre malgré son désespoir.” Un trait de caractère qui ne l’empêchait ni d’être drôle (d’un humour lucide), ni d’être profondément humaniste.

C’est par la jeunesse que sa réhabilitation est venue. “Les premières thèses sur Gary datent de la fin des années 1990”, se souvient Mireille Sacotte. “Ces universitaires ont donné naissance à des professeurs qui ont fait lire et aimer Gary. L’atmosphère générale s’est alors faite plus réceptive. La première fois que j’ai constaté que Gary était lu, c’était en 2002 lors de la présidentielle opposant Chirac à Le Pen. Dans les défilés, les jeunes ont repris à leur compte son slogan: “Le patriotisme c’est l’amour des siens, le nationalisme, c’est la haine des autres”. Gary y était arrivé!”

S’il a fallu des décennies pour reconnaître sa grandeur, le mystère qui entoure ses multiples dédoublements reste entier. “Il voulait que son œuvre tienne toute seule, comme si elle n’avait pas d’auteur”, avance Mireille Sacotte.

Eric Fottorino a une autre explication. Une sensation plutôt qui a surgi en regardant de près les manuscrits de Gary présentés lors d’une exposition boulevard Saint Germain. “L’écriture serrée, dense et tourmentée des textes qu’il signait sous le nom de Romain Gary n’avait rien à voir avec celle de La vie devant soi, signée Emil Ajar, plus aérienne, enfantine même. Comme s’il pouvait redevenir lui-même avec Ajar, loin de l’injonction à être un héros formulée par sa mère qui lui a promis un destin peut-être difficile à assumer.”

Reste que, qu’on le lise ou le relise à 10 ou 40 ans, on découvre à chaque fois une œuvre différente. La marque du génie pour Olivier Weber.

 

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Sur la Foire du livre, vous pouvez consulter nos précédents articles:

 

Jennifer BRESSAN, Photos : Diarmid COURREGES

Jennifer BRESSAN, Photos : Diarmid COURREGES

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