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Les auteurs mettent de la couleur et du rêve plein les classes

La Foire du livre bat son plein tout ce matin dans les classes tandis qu’une quarantaine d’auteurs jeunesse va à la rencontre des élèves, de la maternelle au lycée. Comme Emmanuelle Bastien qui apprenait aux tout-petits d’Henri Sautet à confectionner un leporello…

Un leporello ? Quésaco ? C’est un petit dépliant en accordéon. Du haut de leurs 4 ans, les élèves d’Henri Sautet plient, tournent et caressent le papier, guidés par Emmanuelle Bastien, auteur de J’irai voir (L’agrume). “On va jouer avec les couleurs”, se réjouit le petit Jean-Charles en regardant avec appétit le matériel installé devant lui. Cultiver le goût du livre et de la lecture, c’est bien là l’enjeu, confirme Laetitia Nganga Massengo, la directrice de l’école. A leur âge, l’échange avec l’auteur passe par une création. “C’est le moyen de désacraliser le livre, de rendre concret cet objet et c’est important de le faire dès leur jeune âge pour développer leur vocabulaire et leur imaginaire.”

C’est important à tout âge. “Si on peut leur donner faim, on est contents”, sourit Philippe Barbey, professeur de lettres et histoire au lycée Simone Veil (anciennement Danton). Il a choisi de faire venir dans sa classe de seconde gestion administration, transport et logistique, Roland Fuentès, auteur de Tant que durent les rêves (Syros).

En salle A306 se tisse alors entre l’auteur et les élèves un échange informel et intime, concret et poétique, passionnant. “J’aime beaucoup lire et j’écris aussi. J’aimerais pouvoir faire un livre mais ça m’arrive de bloquer avec mon stylo, de ne pas arriver à continuer de dérouler mon histoire”, commence Marina. “J’ai eu une vie compliquée. J’ai inventé des personnages qui me permettent de retracer ma vie de manière romancée. Mais comment faire pour ne pas perdre son intrigue ?”

Roland Fuentès connait bien cette difficulté. Et il est d’autant plus armé pour lui répondre qu’il s’est retrouvé dans le même cas que Marina. Lui aussi rêve d’écrire depuis tout jeune. A 15 ans, l’âge de Marina aujourd’hui, il a commencé à noircir des carnets qui, vite, se sont remplis. Puis ça a été des morceaux de papier, des bouts de nappe réunis dans une boite à chaussures puis un coffre chiné en brocante. “Régulièrement je l’ouvre et je les relis. Cela me permet de commencer des histoires ou de reprendre celles qui sont restées inachevées.” Quand ça bloque, il laisse décanter. Et, quand l’inspiration revient et que le livre s’écrit, il relit. 20 fois. Parfois, 19 ou 21. Mais souvent 20. Il l’a constaté.

“Il faut être têtu et s’armer contre la critique. “J’ai un carnet entier de refus.” Il a publié 36 livres mais a encore récemment reçu un refus pour un roman il y a quelques jours. “Cela m’arrivera toute ma vie.” Une vie d’écrivain est faite d’incertitudes et de difficultés. “Tu n’es pas payé le temps de l’écriture, puis il faut attendre d’être édité et que le livre rencontre son public.” C’est difficile mais pour rien au monde il ne découragerait Marina, ni ne regrette son choix. Pendant 10 ans, il a été professeur d’allemand à mi-temps. Aujourd’hui, il peut se consacrer à l’écriture pleinement. Il en rêvait. Il l’avait prémédité. Il l’a fait.

C’est de cela aussi que parle son livre. S’accrocher à ses rêves ou les abandonner. Pour les besoins du livre, Romand Fuentès s’est plongé dans le monde des bassins deux mois durant et a rencontré les entraîneurs des grands nageurs français. Il a découvert un des secrets de la réussite de Florent Manaudou, champion Olympique, “un intuitif. Il s’est focalisé sur un mot, pas sur le fait de gagner. Il ne s’est pas mis la pression, n’a pas pensé compétition. Sous l’eau, une lumière s’allume quand le premier nageur touche le mur. Il ne s’est pas dit “je vais gagner” mais je vais allumer la lumière”…

Allumer la lumière, c’est une belle métaphore pour exprimer simplement ce qu’il se passe vraiment dans les classes, chaque vendredi matin de Foire du livre.

Infos sur foiredulivredebrive.net.

Sur la Foire du livre, vous pouvez consulter nos précédents articles:

Jennifer BRESSAN, Photos : Diarmid COURREGES

Jennifer BRESSAN, Photos : Diarmid COURREGES

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