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Yazid Kherfi, porteur d’espoir

Yazid Kherfi avec les éducateurs des Chapélies, Tujac et Rivet

Grand dommage pour les classes de 3e du collège Jean Moulin qui n’ont pu se rendre au centre Jacques Cartier cet après-midi. Leur rencontre avec Yazid Kherfi a été annulée pour cause de visite du recteur dans leur établissement. Ils auraient été certainement séduits par le discours simple et direct de cet ancien braqueur passé expert dans la prévention. A défaut, ce sont les intervenants dans les quartiers qui en ont bénéficié. « Nous sommes tous, adultes, avant tout des porteurs d’espoir. Notre travail est d’aider les autres », a affirmé ce sacré monsieur qui préconise l’ouverture des centres soirs et week-end pour un meilleur dialogue avec les jeunes. Séance de rattrapage ce soir à 19h30 avec une conférence-débat ouverte à tous.

Yazid Kherfi« Les animateurs sortent du centre et se baladent dans le quartier », explique Nadir Aakik qui a porté le projet de courts métrages réalisés sur le thème des violences par les ados du centre. « Et nous sommes ouverts tous les soirs du lundi au vendredi jusqu’à 23h », ajoute la directrice Agnès Massonnier. « Canalsat, ping-pong, babyfoot, machine à café… le dialogue se fait en soirée, même plus facilement« , confirme le médiateur Nordin Zytouni. La moustache de Yazid Kherfi en frissonne presque de contentement en trouvant à Brive comme un écho: « Vous savez, dans beaucoup de villes, les centres pour les jeunes sont ouverts comme la sécurité sociale. Je me bats pour qu’ils soient ouverts soirs et week-end, toute la nuit. Ce sont des lieux de dialogues qui manquent. Il faut créer des petits endroits de vie et de paroles où les jeunes peuvent se rendre. C’est à nous d’adapter notre accueil. »

Yazid KherfiBoule à zéro, la cinquantaine alerte, le bonhomme n’a plus grand chose à voir avec le braqueur de 22 ans, « l’homme seul qui avait toutes les polices à ses trousses » comme l’écrivait en 1981 la presse. Yazid Kherfi n’en oublie pas pour autant le minot grandi au Val-Fourré. Il l’a même transformé en force lui permettant de Question sur l'éducationmieux comprendre les mécanismes de la violence et ses déshérences. Le gamin en échec scolaire, versé par quête d’identité dans la délinquance grandissante, a fait place à l’adulte titulaire de diplômes universitaires et même professeur à l’université de Nanterres. Ancien taulard, il revient en prison former les gardiens. Hier coursé par la police, aujourd’hui il lui donne des cours. La délinquance, toujours son fil conducteur, mais de l’autre côté de la barrière. Mieux que des longs discours. Respect!

Le dialogue d'un homme porteur d'espoir

Yazid Kherfi travaille ainsi à la frontière de mondes qui se parlent de moins en moins, se font peur mutuellement. « Mon boulot, c’est de retisser les liens. Les gens n’arrivent plus à vivre ensemble et quand ça va mal, on stigmatise le noir, le pauvre… » Un éducateur réagit: « Chez les ados, un seul regard peut tout faire basculer. Brive n’est pas la banlieue parisienne, mais avant, il y avait du respect pour les gens du quartier, des choses qui ne se faisaient pas… »

« Le problème des jeunes est aussi celui des adultes qui ne sont plus cohérents. Ils ne sont plus des modèles, des repères« , répond le spécialiste de la prévention. « Les adultes sont de plus en plus en difficultés avec les jeunes qui eux sont de plus en plus mal. A la base, les facteurs aggravants sont toujours les mêmes: manque d’amour, discriminations, échec scolaire, mauvaises fréquentations… Si on te vois comme une racaille, tu te comportes comme une racaille… Les délinquants sont des gens malheureux qui aimeraient être comme tout le monde, avoir une vie de famille. Le message qu’il faut faire passer, c’est qu’il n’y a pas de caïd dans la délinquance, si tu continues comme ça, tu finiras forcément mal. Il faut arriver à faire tomber les masques. On peut choisir d’être honnête ou malhonnête. » Un dialogue direct entre acteurs de la prévention qui s’est approfondi au fil de cette séance improvisée. Ce soir, la rencontre se poursuit avec le public et l’entrée est libre. Vous pouvez aussi lire Repris de justesse, son livre autobiographique.

Vous pouvez également lire sur ce sujet notre article: Regards d’ados sur des violences ordinaires.

Chaises sans collégiens

Vous pouvez également visionner cette rencontre avec ce personnage singulier:



Marie Christine MALSOUTE

Marie Christine MALSOUTE

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