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Un médecin malien à l’hôpital de Brive

Il est néphrologue, se nomme Aboudou Dolo et vient de Sikasso, ville jumelée à Brive. Pendant un mois, du 11 mars au 5 avril, le médecin malien va accompagner en doublon le docteur Rémi Boudet, son homologue chef de service au centre hospitalier. De quoi confronter les pratiques et apprendre l’un de l’autre.

“C’est la première fois que je viens à Brive et même en Europe. Il y a une petite différence de température: chez moi actuellement, il fait dans les 40°, mais ça va, je supporte la fraîcheur”, plaisante le Malien. Originaire du pays dogon, le docteur Aboudou Dolo a suivi toutes ses études dans son pays et à 39 ans, ce séjour relève du choc des cultures hospitalières. “Ici, il y a tous les moyens pour travailler correctement, chacun est responsabilisé et formé à sa tâche, sait ce qu’il a à faire et il y a une grande rigueur dans l’asepsie. Nous, nous sommes confrontés en permanence au manque de ressources, de matériel et au problème d’hygiène et de poussière.”

Le néphrologue est arrivé il y a deux ans à l’hôpital de Sikasso pour voir se structurer l’unité de dialyse. “Les machines sont en train d’être remplacées, nous en avons déjà 9 fonctionnelles et nous en attendons 5 autres pour une capacité d’une trentaine de patients. Il y a un réel besoin sur place car cette unité est la seule pour toute la région du Kénédougou.” Un territoire grand comme la Nouvelle Aquitaine sur lequel vivent 3 millions d’habitants. Ce service naissant compte 2 néphrologues, 3 infirmiers, 3 autres bénévoles et il se partage avec le reste de l’hôpital les 2 techniciens biomédicaux (dont un est d’ailleurs venu l’an dernier en formation à Brive). Rien de comparable avec les effectifs du service briviste: “20 infirmiers, un technicien, 3 aide-soignants, 2 brancardiers, 3 médecins et demi et 3 secrétaires”, liste le docteur Rémi Bourdet.

Les docteurs ne cessent de confronter leur expérience: “Nous manquons cruellement d’EPO, c’est un produit de luxe qui n’est absolument pas remboursé”, explique Aboudou Dolo.”C’est pourtant un médicament qui permet de corriger l’anémie liée à insuffisance rénale. Ici, c’est un traitement tout à fait ordinaire remboursé par la Sécurité sociale”, s’étonne Rémi Boudet qui tout d’un coup pense aux écho-dopplers qui sont régulièrement renouvelés. “Ils restent en très bon état et pourraient être expédiés à l’hôpital de Sikasso avec le prochain conteneur”, suggère-t-il.

“Nous travaillons avec les moyens qu’on nous donne”, ne peut que répondre Aboudou Dolo. “Le vrai problème, ce sont les ressources financières car les dialyses ne sont pas remboursées”, poursuit le Malien. “Nous n’avons pas non plus de chirurgien pour effectuer une fistule artério-veineuse et les patients doivent se déplacer à Bamako, c’est à 5 heures de route… Certains renoncent à se soigner. C’est dramatique pour un médecin d’être confronté à cette impuissance.”

Lucide, le médecin sikassois n’en reste pas moins confiant et engrange le maximum de données. “Je prends des idées, notamment sur des procédures à mettre en place pour une meilleure asepsie.” Pour le médecin briviste aussi, ce mois de stage est un enrichissement: “C’est un plaisir de partager nos expériences et d’appréhender la distance entre nos pratiques, ça nous rend modeste. Ici, nous avons beaucoup de moyens, mais eux qui en ont peu arrivent à avoir d’excellents résultats.” L’illustration d’une belle coopération hospitalière et d’une réelle volonté de mieux se connaître. C’est le 6e médecin de Sikasso qui profite ainsi d’un stage dans le cadre du jumelage entre les deux villes, gérée ici par l’association Brive Sikasso et là-bas par son homologue Teriya.

Sur ce sujet vous pouvez également consulter notre précédent article:

 

Marie Christine MALSOUTE, Photos : Diarmid COURREGES

Marie Christine MALSOUTE, Photos : Diarmid COURREGES

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