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Salifou Traoré, itinéraire d’un médecin malien

Chirurgien urologue à Sikasso, Salifou Traoré a passé un mois à l’hôpital de Brive dans le cadre du jumelage entre les deux villes. Un séjour profitable tant sur le plan médical qu’humain.

Au 6e étage du centre hospitalier, son imperturbable silhouette est vite devenue familière. Un mois durant, il a accompagné comme une ombre longiligne le docteur William Assaf, chef du service chirurgie urologie. Associé aux opérations comme aux visites des patients, le médecin a engrangé le maximum de données. « C’est important de se tenir informé des avancées techniques et des évolutions en matière de diagnostic. Ce que j’ai appris ici va être directement appliqué, mais ça demande des moyens  », assure-t-il. Une fois rentré, il se trouvera à nouveau confronté à la pénurie. « Il n’y a pas le choix, il faut s’adapter et quelquefois à force de faire avec le peu dont on dispose, on perd la bonne méthode », reconnaît-il fataliste. « Au Mali, il y a beaucoup trop de problèmes, d’accès aux soins mais aussi de comportements. Les gens n’ont pas l’argent pour se soigner et le poids de la tradition pousse souvent à aller voir d’abord le marabout… »

Lui travaille depuis 5 ans à l’hôpital régional de Sikasso qui vient enfin de se doter d’un vrai service d’urologie avec 2 médecins et une dizaine de lits. « Nous avons le même nombre de lits qu’à Brive, mais ici, grâce aux techniques modernes, ils tournent davantage : les patients repartent au bout de 2 jours, alors que chez nous ils sont hospitalisés une à deux semaines. »

Salifou Traoré pratique une médecine qui doit composer en permanence avec la réalité, mais il a choisi de l’exercer dans son pays pour « garder ses racines » et « aider les gens en souffrance ». C’est pourtant à Wuhan, dans le centre de la Chine qu’il a fait ses études. « J’ai bénéficié d’une bourse. J’avais 19 ans et je ne parlais pas chinois. Je devais à la fois apprendre la langue et la médecine. C’était beaucoup de travail », concède-til avec modestie. Au bout de 7 ans, il revient au Mali exercer en médecine générale dans le milieu hospitalier puis repart se spécialiser dans l’Empire du Milieu. « C’était un besoin car il y a très peu d’urologue. »

C’est le 5e médecin de Sikasso qui profite ainsi d’un stage dans le cadre du jumelage entre les deux villes, gérée ici par l’association Brive Sikasso et là-bas par son homologue Teriya. À 50 ans, excepté un court passage à Paris, il venait pour la première fois en France. « Brive est une ville très agréable, très propre, calme et les gens sont vraiment sympathiques. La cuisine française est vraiment délicieuse. J’ai goûté beaucoup de spécialités, le pot au feu, les huitres, les couteaux… » Le Malien aura aussi eu le temps de faire mieux connaissance avec le ballon ovale. « C’était la première fois de ma vie que j’assistais à un match de rugby, c’était drôle. Je ne connaissais pas les règles, c’est un sport que je voyais passer à la télé et que je détestais presque. Mais là, il y avait vraiment de l’ambiance et j’ai apprécié. Brive aurait du gagner contre Lyon », dit-il en chauvin d’adoption.

 

 

 

 

 

 

Marie Christine MALSOUTE, Photos : Sylvain MARCHOU

Marie Christine MALSOUTE, Photos : Sylvain MARCHOU

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