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Ma vie avant le déconfinement : Arnaud Maitrepierre, environnementaliste (18)

Son amour pour la nature, dès l’enfance, l’a conduit à devenir environnementaliste. Arnaud Maitrepierre qui travaille depuis 14 ans dans le bureau d’études d’environnement Ectare à Brive, dresse ici un tableau de la situation en clair obscur.

Il a grandi dans la métropole lilloise. Aussi, ses vacances passées à la campagne ou à la montagne lui offraient-elles une véritable respiration. « J’ai très tôt aimé la nature et développé la conviction qu’il était nécessaire de la protéger. » C’est ainsi qu’il a poursuivi une formation de géographe. Aujourd’hui responsable du bureau d’études Ectare à Brive, l’ingénieur en environnement évalue dans le cadre de la réglementation les effets de projets (création d’une zone d’activités, usine, carrière, route, lotissement, ligne ferroviaire…) ou de plans, de schémas (PLU, SCOT…) sur toutes les composantes environnementales : le sol, l’eau, l’air, le paysage mais aussi l’environnement humain et naturel.

Le tableau que le géographe dresse de la situation est sans concession mais tiraillée entre deux visions qu’il présente « toutes proportions gardées » précise-t-il. Il y a « la crise sanitaire, dramatique », et « la mise en suspens d’une grande partie des activités humaines génératrices de pollution et avec elle, le ralentissement des émissions de gaz à effet de serre ».

Il est pourtant difficile de s’en réjouir pleinement. « C’est malheureux qu’il faille attendre la crise et les mesures d’urgences pour constater ces améliorations. Le confinement nous oblige à limiter nos déplacements, à nous tourner davantage vers une consommation locale, en circuit-court. » Mais il craint que ce ne soit qu’une parenthèse. « Je pense que cette pause ne sera que de courte durée, heureusement pour la crise sanitaire bien sûr. » Mais le risque, pour lui, est que le monde reparte de plus belle dans la surconsommation, les émissions polluantes…

« Sans faire un concours du nombre de victimes, chaque année en France entre 45.000 et 50.000 personnes décèdent du fait de la pollution atmosphérique, et presque rien n’est fait pour y remédier. » Aujourd’hui, c’est pour lui une alerte de plus. « Ce moment pourrait pourtant être l’occasion de générer un mode de développement plus soutenable, plus durable», pointe cet « ancien optimiste «  qui doute aujourd’hui de la capacité de l’être humain à se remettre en question.

« Je reste un animal social pourtant». Un photographe humaniste aussi, une caractéristique qui s’incarnait notamment dans une des expositions emblématiques de cet autodidacte « Chemins de traverse ». Absorbé dans son travail depuis le début du confinement, il n’avait pas encore saisi l’occasion de sortir avec son appareil photo dans les limites imposées par les mesures d’urgences. Il l’a fait le week-end dernier dans un rayon d’un kilomètre autour de chez lui, une heure durant.

« J’ouvre davantage l’œil sur ce que d’habitude je ne vois pas. » Les bâtiments, l’aspect purement graphique des aspérités d’un mur. « Ce sont des photos anecdotiques pour moi qui ne contiennent pas l’essence de mon travail habituel mais si toutefois, sur le fond d’un mur, je croisais des passants à photographier… Ce n’est pas arrivé pour l’instant ! », sourit-il en repensant à l’ambivalence de son rapport aux hommes. « Au fond de moi, je me dis que tout n’est peut-être pas perdu et c’est moins dans les hommes, individuellement, que dans le modèle, que je n’ai plus confiance. C’est aussi pour cela qu’il faut continuer à espérer et à se battre. »

Jennifer BRESSAN

Jennifer BRESSAN

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