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Arnaud Maîtrepierre expose ses cheminements en noir et blanc

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Pensée comme un voyage en train, l’exposition “Chemins de traverse” d’Arnaud Maîtrepierre présente la série sur laquelle il a commencé à travailler il y a 10 ans. Parmi la centaine de clichés réalisés depuis, il en a extrait 44, gravés dans l’émotion et la lumière. Jusqu’au 5 février au musée Labenche. Entrée libre et gratuite.

A noter que des visites commentées par l’artiste sont prévues samedi 3 décembre ainsi que les 7 et 28 janvier de 14h à 16h30.

a1Dès lors qu’il plongea ses yeux d’ado du Nord dans ceux de cette petite fille photographiée en 1956 sur une plage du Portugal par Edouard Boubat, ç’en fut fait de lui. Là, dans la salle d’attente de son dentiste, tout était déjà en germe. Le geste n’advint pourtant que bien des années après. Arnaud Maîtrepierre, cet amoureux de la nature aujourd’hui ingénieur environnement, est arrivé à Brive il y a 10 ans pour travailler dans un cabinet d’études.

Un “métier chronophage” qui l’entraîne par monts et par vaux. En train, le plus souvent, par souci de son empreinte carbone. Profitant d’une correspondance en gare de Bordeaux, un jour de 2008, c’est sans y prendre garde qu’il a fait la première photo de ce qui allait devenir près de 10 ans plus tard la lumineuse série en noir et blanc “Chemins de traverse”, exposée jusqu’au 5 février au musée Labenche.

a2De ses photos d’hier prises avec le reflex argentique de ses 12 ans, il n’en garderait aucune ou presque. Peut-être un lever de soleil sur le Mont-Blanc ou quelques clichés de la mer du Nord en hiver avec ses cabanes de plage qui, touchantes d’ “humilité”, voient passer des gens de tous horizons et toutes conditions. Un côté cosmopolite auquel est très sensible le photographe et qu’il retrouve dans les gares, lieux aussi bruyants que fascinants qui l’émeuvent anormalement. La faute au temps qui y passe singulièrement, aux sentiments qui s’y égarent, entre espoir d’aller et regret de retourner.

C’est ce condensé d’humanité qu’il a cherché à révéler. Sans rien voler. Au contraire, il s’est incliné devant son Rolleifleix de 1953 pour recueillir les scènes de vie, les plus à même, selon lui, d’engendrer les photos humanistes auxquelles il aspire. Mais aussi graphiques. L’esthétique atypique des gares lui laisse ce champ libre. C’est dans ce décor foisonnant qu’a œuvré si longtemps l’autodidacte qui, “quitte à perdre quelque chose”, se refuse à mettre en scène. Mais pas à mettre en lumière.

arnaud-a-la-gareJe travaille beaucoup avec la lumière. Par l’ouverture de la focale et le travail sur le temps de pose, j’obtiens un effet de flou. J’aime cette dynamique qui se dégage alors. Cela a forgé mon style». C’est pourtant la timidité qui de son propre aveu a justifié cette pratique au départ. “Je n’osais pas aller voir les gens. Et comme on ne les reconnaissait pas, je n’avais pas à leur demander d’autorisation!” Pourtant, chemin faisant, le projet de cette série l’a amené vers “des personnes et des lieux formidables”, et lui a permis in fine de “prendre confiance”. Il est alors sorti des gares, s’aventurant sur les sites cheminots où il a parfois dû ravaler sa fibre écolo pour juste admirer la beauté de fumées échappées d’autoclaves. Il s’est aussi égaré le long des voies de chemin de fer et même chez ceux qui habitent les maisons de garde-barrière d’hier.

Les refus furent rares, les belles rencontres nombreuses. Il se remémore ce site de maintenance du Train Jaune dans le sud où travaillaient des passionnés, ou encore ce cheminot issu de cheminots. Né au bord des voies, il y est resté, son activité terminée. Toute l’émotion concentrée dans ces rencontres et déposée dans les 44 clichés exposés, le photographe espère aujourd’hui la partager grâce à l’exposition construite comme un voyage en train.

Arrivé à quai, Arnaud Maîtrepierre aspire à présent à changer de décor. Il a récemment été interpellé par un puissant rayon de lumière filtrant au travers des vitraux de la collégiale Saint-Martin. Il n’avait pas son appareil. Il le prenait moins ces derniers temps. Lorsqu’il y est retourné, la magie n’opérait plus. La lumière avait disparu. Une autre s’est rallumée depuis, ailleurs, par la grâce de nouveaux jardins encore secrets qu’il s’est mis en cœur de cultiver.

Plus d’infos sur le site du musée Labenche et du photographe Arnaud Maîtrepierre.

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Jennifer BRESSAN

Jennifer BRESSAN

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