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La parole aux enfants

Qu’est-ce qui peut pousser un enfant à vouloir devenir conseiller municipal ? La volonté de « changer un peu les choses » et de « travailler pour un monde plus solidaire », raconte Elsa Winny qui a été élue l’an dernier au CME. « Au moins, j’aurai essayé. »

Elsa a dix ans, est en CM2 à l’école Michel Peyramaure. Elle est plutôt bonne élève, fait ses devoirs toute seule, elle adore le français, moins les maths, est quelquefois dans sa bulle, pratique la danse moderne, lit beaucoup de BD, assortit ses cahiers de dessins, se verrait bien plus tard professeure, néglige de ranger sa chambre au chagrin de ses parents et sa grande sœur, a hâte d’entrer l’an prochain en 6e à d’Arsonval… Bref, la toute menue Elsa est une enfant comme tant d’autres. Sauf qu’elle est l’une de leurs porte-parole. Elle a en effet été élue l’an dernier au tout nouveau conseil municipal des enfants de Brive (voir notre précédent article Le conseil municipal des enfants au complet).

Ces très jeunes conseillers sont élus en classe de CM1 par leurs camarades pour un mandat de deux ans. Et ainsi chaque année. « Lorsque la maîtresse nous en a parlé, j’ai tout de suite voulu me porter candidate. J’avais déjà beaucoup d’idées autour de la solidarité. Qui ne tente rien… Le plus dur a été de me présenter aux autres élèves, car je suis un peu timide », avoue-t-elle. D’autant que les candidats ne manquaient pas : sept dans sa classe et presque autant dans les deux autres. Et il ne pouvait y avoir qu’un seul élu.

« C’étaient de vraies élections, très sérieuses, avec une campagne, des urnes. J’ai été élue avec deux voix d’écart. Au début, je n’ai pas vraiment réalisé. Après, j’étais trop contente, je sautais partout. » A suivi la solennelle cérémonie d’installation dans la salle du conseil municipal : « C’est la première fois que j’entrais dans la mairie et que je voyais le maire. C’était très impressionnant d’être assise à la grande table et de devoir parler dans le micro. C’est à ce moment que je me suis rendu compte de la responsabilité. » Ses camarades électeurs le lui rappellent aussi à l’occasion en lui demandant où en sont les projets ou en lui soumettant leurs idées. « La première fois que j’ai mis l’écharpe, waouh ! Je ne sais pas comment dire… j’étais très fière de porter les couleurs de la France. Tellement qu’au début je la mettais chez moi, même pour manger. On se sent plus élu quand on la porte. »

En un an, elle a gagné en assurance et s’est aussi forgé un certain regard sur la citoyenneté, s’impliquant « pour ne pas décevoir ceux qui m’ont élue », car à ses yeux, voter ne suffit pas. « Il faut aussi agir, être plus solidaire, faire attention aux autres. Les enfants peuvent avoir aussi des bonnes idées. Ce n’est pas normal que dans la société certains soient heureux et pas d’autres, qu’il y ait des personnes qui se sentent seules… Je voudrais vraiment qu’il n’y ait plus de personnes en difficulté. Il y a des choses qu’on peut changer et moi, j’ai vraiment envie d’y participer. »

Son inclination l’a naturellement poussée dans le groupe « solidarité ». « Ça demande du temps. Il y a des réunions de travail le mercredi matin. Mais entre, on y réfléchit aussi chacun. » Le CME se révèle une vraie école de la démocratie : « C’est très intéressant, on mélange nos idées, ça permet de voir les choses différemment, d’améliorer ce qu’on propose… On a pensé à une collecte de jouets pour les enfants hospitalisés, un spectacle pour les personnes âgées dans les Ehpad, des défis sportifs pour récolter des fonds pour des personnes qui en ont besoin… Ensuite, tous les groupes se réunissent en plénière pour parler ensemble de ces idées. C’est dommage qu’à cause du Covid on n’ait pas pu les réaliser. Mais je suis contente de cette première année. Je pense que ce qu’on a fait était utile. »

Un regret tout de même : « Je n’ai pas encore pu assister à une commémoration, car je n’étais pas là. J’espère bien cette année. C’est normal de penser et de rendre hommage à ceux qui sont morts pour qu’on soit libres aujourd’hui. » Elsa a entamé sa deuxième année de mandat en accompagnant ses camarades nouvellement élus. Ensuite, elle redeviendra simple enfant. Mais elle sait maintenant qu’il existe aussi pour les lycéens un conseil municipal des jeunes… « Pourquoi pas, quand je serai plus grande », n’exclut-elle pas.

Marie Christine MALSOUTE, Photos : Fatima Kaabouch

Marie Christine MALSOUTE, Photos : Fatima Kaabouch

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