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Fiers de leurs “Madeleines d’ailleurs”

Proust savourait le souvenir d’une madeleine de son enfance. De jeunes cuisiniers venus d’ailleurs ont mis eux-aussi en livre des recettes parfumées de leur pays sous la houlette de leur professeur briviste Catherine Grosjean: Madeleines d’ailleurs. Un “chef d’œuvre” de fin de cursus, très pro, déjà réédité et que vous pouvez vous procurer auprès du lycée hôtelier à Treignac.

Savez-vous ce qu’est le Thiep u dien ? Le Banankou fida ? Non ! Peut-être le Déguê, le Foutou à la banane plantain ? Toujours pas ! Dans ce cas, les Froufrous ou alors le poulet Biryani ?… On vous rassure, on ne le savait pas non plus avant que tombe entre nos mains ce livret dont les noms chantent comme les mijotés embaument de leur parfum les cuisines. Les recettes, en tout quinze, aux intitulés aussi mystérieux qu’alléchants, vous entrouvrent les portes du Mali, du Bangladesh, de Guinée Conakry, du Sénégal, d’Algérie ou encore de la Côte d’Ivoire. Chaque élève y est allé de la sienne, se rappelant tel Marcel Proust la saveur de son enfance, ce qui le raccorde viscéralement à ses racines.

Et le cheminement était loin d’être évident pour ces jeunes ballotés hors de leur culture, qui ont enfoui cette part d’eux mêmes en eux pour se dessiner un ailleurs plus prometteur. En l’occurrence chez nous, en Corrèze, à Treignac, au sein du lycée professionnel où ces MNA (Mineurs non accompagnés) se construisent un autre devenir par l’acquisition d’un métier. C’est sous la houlette de l’équipe pédagogique, et notamment de leur professeur de cuisine, qu’est né ce projet servant de chef d’œuvre au fil de leurs deux années de CAP.

Mais si, vous connaissez Catherine Grosjean, on vous a déjà parlé plusieurs fois de cette cheffe briviste au tempérament bien trempé qui transmet plus que son savoir culinaire à ces jeunes migrants. Son personnage, comme la trajectoire de ces jeunes, ont déjà été illustrés en 2018 par le documentaire Les cuisiniers de Treignac. C’est cette même conjonction qui a aussi inspiré le film La Brigade sorti l’an dernier. Cette comédie militante portée notamment par Audrey Lamy, participe à changer notre regard sur ces jeunes aux parcours déracinés.

Ce recueil de recettes colorées est nourri de leurs diversités.C’est un travail au long cours qui avant d’allécher nos papilles, a fait appel aux sens, aux émotions, aux vécus des apprentis cuisiniers. Il ne s’agissait pas seulement pour eux de mettre en application les techniques apprises, mais de trouver les mots d’un autre vocabulaire pour partager leurs souvenirs, développer leur imaginaire, affirmer leur identité à travers un plat, entre joie et nostalgie.

Chaque recette est illustrée d’une photo, détaille ses ingrédients, les étapes de réalisation et de dressage. Tout pour pouvoir la reproduire, avec un supplément d’âme apporté comme une pincée de sel par une vidéo où chacun vous parle lui-même de sa recette grâce à un QR code.

Le livret sorti pour leur examen final en 2021, a fait date. Il a même été salué par le Rectorat qui l’a relayé sur son site, distinction d’autant plus élogieuse pour un établissement privé. Le recueil a tellement plu qu’il a été réédité. Vous pouvez vous le procurer au prix de 8 euros auprès du lycée Fondation Claude Pompidou au 05.55.73.48.00 ou auprès de l’association Centre des Monédières au 05.55.98.05.98.

On finit par là où tout a commencé, avec cet extrait du roman Du côté de chez Swan dans lequel Marcel Proust évoque un temps perdu : “Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que […] ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé […] l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter […] l’édifice immense du souvenir…”

Quant au lycée de Treignac, la notoriété que lui a amené le film La Brigade, continue de porter ses fruits. On s’est laissé dire qu’il travaillait à un projet d’échange avec un lycée de Melbourne… Mais ça, c’est encore une autre histoire.

Marie Christine MALSOUTE

Marie Christine MALSOUTE

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