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Catherine Grosjean : le goût de transmettre

Professeur de cuisine au lycée hôtelier de Treignac, ce chef atypique est au cœur, avec ses élèves jeunes migrants, d’un documentaire diffusé sur France 3 lundi 28 mai après le Soir3 et vendredi 1er juin à 8h50. Une passion et une leçon de vie.

Depuis 14 ans, chaque jour de semaine débute pour la Briviste par le même rituel : faire la route jusqu’à Treignac. « C’est un sas dont je ne me lasse pas. » La paisible conduite l’aide à revêtir sa tenue de chef pour affronter chaque jour un nouveau challenge. Sur place, au lycée professionnel, l’attendent de bigarrées brigades, une insolite carte du monde qui suit les failles géopolitiques de notre planète.

Albanie, Pakistan, Bangladesh, Guinée, Inde, Ethiopie, Sri Lanka, Mongolie, Côte d’Ivoire, Chine, Afghanistan… Entre 20 et 30 nationalités de migrants mineurs, venus chercher seuls un ailleurs meilleur, se retrouvent derrière les fourneaux en quête du CAP cuisine, sésame indispensable pour une éventuelle régularisation. « Un français balbutiant, un déracinement douloureux, une formation choisie souvent un peu par hasard, des habitudes culinaires éloignées des nôtres » sont les ingrédients avec lesquels Catherine Grosjean doit composer pour transmettre ce qu’elle transpire comme une passion : la cuisine française.

Chaque cours relève d’une recette improbable, souvent croustillante, quelquefois aussi pimentée, entre ces trajectoires ballotées par la vie et leur « chef » à l’énergie débordante et sans concession. Un caractère fort, au parler direct adouci par un grand cœur. Un phare pour ces jeunes en quête d’un nouveau cap. «  Je suis prof de cuisine avant tout. Il n’y a pas de CAP au rabais. Je peux être intraitable, exigeante, insupportable dans ma façon de transmettre car je veux leur ouvrir le champ des possibles. » À l’image de son parcours elliptique qui a toujours tourné autour de la cuisine, nourri en cela par le savoir-faire d’une mère cordon bleu.

Enfance à Abidjan, scolarité briviste, études de psy vite délaissées, quelques boulots à Paris ou Madrid tout en cherchant sa voie… et retour à Brive pour ouvrir un restaurant, L’Alcade, où elle mitonne pendant une dizaine d’années une cuisine savoureuse qu’elle compose à l’envie comme à l’instinct. Et toujours présente, ce désir sourd d’enseigner. « Mais je n’avais pas de diplôme, même pas le CAP. » Elle s’engouffre alors dans une Validation des acquis de l’expérience, alors même qu’on lui propose de remplacer au pied levé un prof de cuisine à Treignac. La peur au ventre, elle fait front. « Certains refusaient l’autorité d’une femme, ça a été très chaud mais j’ai réussi à m’imposer. J’ai tout appris avec eux, comment transmettre les gestes professionnels, s’ouvrir à l’altérité tout en restant un référent. J’ai beaucoup lu aussi sur l’interculturalité. Je leur dois beaucoup », reconnaît-elle. « Je ne pourrais pas être ailleurs, c’est là où je suis utile. »

Si le diplôme officiel a depuis plusieurs années déjà validé son indiscutable compétence, il n’y a aujourd’hui pour elle pas de meilleure reconnaissance que de s’entendre appeler « chef », un jalon qui marque le chemin parcouru. « J’appréhende la retraite dans quelques années car j’ai toujours chevillé en moi cette envie de transmettre. La cuisine, c’est avant tout le partage. »

Pour ceux qui ont manqué la présentation en avril dernier au Rex, le film Les cuisiniers de Treignac sera diffusé sur France3 lundi 28 mai après le Soir3 et vendredi 1er juin à 8h50.

Marie Christine MALSOUTE, Photos : Diarmid COURREGES

Marie Christine MALSOUTE, Photos : Diarmid COURREGES

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