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Au musée Labenche, parcours de mémoire autour d’œuvres spoliées

Six œuvres spoliées par les nazis vont faire l’objet d’un parcours spécifique de visite à la réouverture du musée. L’amorce d’un travail de mémoire plus vaste.

Tout est parti de L’Odorat, une imposante tapisserie de Mortlake, plus de quatre mètres sur trois, présentée au 1er étage du musée. La Ville l’a acquise en toute bonne foi en 1995 pour compléter sa collection qui comptait déjà neuf œuvres de cette manufacture anglaise. Sauf que ce petit bijou du 19e siècle était en fait une œuvre spoliée. « En 2016, nous avons reçu un appel d’un cabinet spécialisé dans la recherche de biens juifs volés par le régime nazi lors de la Seconde guerre mondiale et qui représentait les héritiers de la famille Drey à Munich », explique le directeur Vincent Rigau-Jourjon.

Commence alors pour le musée un gros travail d’enquête mené en lien avec le ministère de la Culture. « La conférence de Washington impose au détenteur d’apporter la preuve que l’œuvre a bien été spoliée. Nous avons retrouvé l’inventaire effectué par les nazis et découvert que ces marchands d’art de confession juive avaient effectivement été contraints en 1936 de céder leur bien à un vil prix. Il réapparait en 1953 lors d’une enchère puis est à nouveau revendu. Une galerie l’achète en 1993 et la Ville de Brive s’en porte acquéreuse. La grosse restauration effectuée après ce rachat n’a pas facilité l’authentification, mais une analyse très fine a révélé des éléments probants, notamment la description du petit singe.» Il s’agissait donc bien de l’œuvre spoliée. Les héritiers ne souhaitaient pas récupérer l’œuvre et se sont entendus avec la Ville sur une indemnisation de 140.000 euros, valeur établie par un expert.

« Nous avions aussi l’obligation transactionnelle d’informer le public sur cette spoliation en le mentionnant sur le cartel de l’œuvre. » La Ville a décidé d’aller plus. Le musée abrite en effet cinq autres œuvres qui elles sont bien siglées MNR (Musées nationaux récupération), n’ayant pas pu encore être restituées et confiées au musée. Le sigle MNR désigne des œuvres spoliées par les nazis et récupérées par les alliés à l’issue de la seconde guerre mondiale. La grande majorité a été rendue à leurs propriétaires ou leur famille. Sauf quelque 2000 d’entre elles. Certaines ont été déposées dans les musées qui ont charge de les exposer. Elles y attendent toujours de retrouver leurs propriétaires ou leurs ayants droit.

« Nous avions donc matière à construire un projet sur la spoliation d’œuvres d’art », précise le directeur. « Il était important de témoigner sur ce pan d’histoire et sur un patrimoine qui n’a pas été mis en valeur comme il le faudrait », commente Philippe Lescure, maire adjoint à la Culture. Le temps écoulé permet d’aborder avec le recul nécessaire ces sujets sensibles et douloureux. » Dès cette année 2021, le musée va ainsi mettre en place un parcours permanent de visite sur ces six œuvres, peut-être aussi des visites spécifiques avec les professeurs d’histoire, une conférence sur la spoliation…

« Un projet plus vaste devrait voir le jour en 2022 avec une série de conférences, une exposition regroupant les MNR d’autres musées, des évènements menés avec le musée Michelet et le cinéma Rex. Un thème très large auquel l’actualité fait régulièrement écho avec la restitution aussi des biens africains accumulés pendant la période coloniale, dans un contexte historique tout aussi sensible. « Depuis l’ouverture du musée du Quai-Branly, il y a effectivement énormément de demandes de restitution. » En France, le débat sur la restitution s’accélère, l’Assemblée nationale s’est d’ailleurs prononcée dans ce sens fin 2020 pour des biens provenant du Sénégal et du Bénin. « La spoliation de biens culturels est un sujet présent et actuel. »

Les cinq œuvres MNR

Vase de fleurs. MNR 33. 17e siècle. Peinture à l’huile sur toile de Franz Werner von Tamm.

Paysage d’Italie. MNR 879. 18e siècle. Peinture à l’huile sur toile. Anonyme.

Paysans dans la taverne. MNR 473. 17e siècle. Peinture à l’huile sur bois d’Adriaen Van Ostade. Ecole hollandaise

Circé. MNR 811. 17e siècle. Peinture à l’huile sur toile de Giovanni Domenico Cerrini. Italie.

Paysage aux berges d’Arcadie. MNR 159. Fin 18e siècle. Peinture à l’huile sur toile attribuée à l’école française.

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Marie Christine MALSOUTE, Photos : Diarmid COURREGES

Marie Christine MALSOUTE, Photos : Diarmid COURREGES

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