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Yann Pasdeloup, de la sécurité à l'esthétique

Yann Pasdeloup

Yann était agent de sécurité. Jusqu’à un licenciement économique. Il décide alors de devenir esthéticien. Un parcours qui contrarie les idées reçues.


rouges en mainIl a appris l’art de manier la cire chaude et le dissolvant. Épilation, maquillage, soins, Yann Pasdeloup sait tout faire. À la suite d’une reconversion, ce jeune Briviste au physique élancé a choisi, à 27 ans, de devenir esthéticien, un métier essentiellement féminin où n’exerce encore que 15 % d’hommes.

Avant, c’était plutôt l’inverse : il était agent de sécurité. Un emploi qu’il a exercé pendant 5 ans et demi jusqu’à son licenciement économique. “Faire le planton à l’entrée d’un magasin ne m’offrait pas de perspective d’avenir.” Devenir esthéticien, “ça a été comme une évidence“. “J’ai toujours pris soin de mon apparence. Quand on est jeune, on a pas mal de problèmes de peau, alors, je me suis intéressé aux crèmes de jour, de nuit, gommage… » Il n’en était pas moins discret : “Un homme qui utilise des produits cosmétiques, on commence par le chambrer”, regrette-il.

Un garçon dans une classe de filles

Avant de sauter le pas, Yann s’immerge une semaine en institut. “J’ai tout de suite su que ça allait me plaire. L’équipe était ravie, ma présence était jugée rassurante.” Mais sa reconversion bouscule les a priori et ne déclenche pas que les encouragements.

“Les rêves de princesses, c’est pas pour des grands gaillards comme toi, m’a dit mon père.” Jusqu’à Pôle emploi qui ne finance pas sa formation. Qu’à cela ne tienne, Yann prend un emprunt cautionné par sa compagne afin d’intégrer l’école Silvya Terrade à Brive pour décrocher un CAP esthétique cosmétique.

Pierres chaudesDans sa classe que des femmes. “Elles ont été très surprises de me voir arriver, mais il n’y a jamais eu de remarque déplacée ou d’ambiguïté.” Il va apprendre tous les gestes, se prêter aux soins, masques, manucures, “même à l’épilation”. Il trouve le maquillage “très ludique”. “J’adore ça. J’ai appris à ma copine à se maquiller.” Mais il n’y a pas que les gestes techniques. “Ça reste un des CAP les plus difficiles. Il y a beaucoup de théorie, des cours en biologie, cosmétologie…”

Ce qu’il apprécie, c’est le relationnel. “Pour faire ce métier, il faut vraiment aimer les gens, le contact. On est presque intime avec les clientes qui peuvent se confier. C’est ce qui me manquait en tant qu’agent de sécurité. On m’a d’ailleurs reproché de trop sourire à l’accueil du magasin.”

modelage assisDiplôme en poche, Yann a décidé cette année de se spécialiser dans les soins corps pour obtenir un Certificat de qualification professionnelle, un CQP spa praticien. “Les soins du corps, ça a vraiment été le déclic. C’est un univers particulier, axé sur le bien-être et l’évasion totale.” Il enchaîne les modelages, californien, suédois, avec pierres chaudes, aux bambous, shiat-su, réflexologie plantaire, massage thaï, lomi lomi hawaïen… Ses préférés : “ceux cocooning qui se pratiquent en douceur, en effleurages sur le corps”.

Il finance sa formation avec l’aide de son amie et des boulots parallèles de préparateur de commandes très tôt le matin avant l’école ou d’agent de sécurité à l’entrée du stadium lors des matchs de rugby. En espérant un beau retour sur investissement. “Quitte à m’expatrier dans des grands centres. J’ai vu une annonce pour Bora Bora, ça fait rêver !

Yann porte aujourd’hui un regard amusé sur son parcours. S’il juge que “certains métiers sont plus accessibles que d’autres aux hommes ou aux femmes”, il n’a qu’un conseil pour les jeunes qui doivent choisir leur orientation : “Vis tes rêves et ne rêve pas ta vie”. Certes, les mentalités évoluent. Les habitudes ont pourtant la vie longue. Le diplôme de Yann fait encore mention d’une “lauréate”. “En cours de CAP, j’ai aussi reçu une lettre pour m’informer des journées portes ouvertes dans l’école de ma fille”, plaisante-t-il. Être un homme dans un monde de femmes, serait pourtant un avantage dans une profession où étrangement ces messieurs ont plus de chances de trouver un travail. Une différence qui peut être finalement un atout.

 

 

Marie Christine MALSOUTE

Marie Christine MALSOUTE

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