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Violences faites aux femmes : la peur doit changer de camp

Simone, Assunta, Sophie, Paula, Fatima, Élodie… des prénoms de femmes décédées pour crier une réalité des chiffres tout aussi accablants. Hier, devant la stèle à la Roseraie, une émouvante cérémonie en hommage aux femmes victimes de violences a rassemblé de nombreuses personnes. Beaucoup de femmes, des hommes aussi, encore trop peu. Le fléau oblige à agir collectivement pour que victimes ou témoins brisent le silence, osent parler et que la peur change enfin de camp.

Neuf bouquets attendaient d’être déposés devant la stèle déroulant le poème “J’ai reçu des fleurs aujourd’hui…” Il reflète le cauchemar intime subi par les femmes victimes de violences conjugales (vous pouvez lire le texte plus bas). Comme en écho et pour le rendre plus concret, des bénévoles de l’association SOS Violences conjugales 19 qui portait cette cérémonie se déroulant dans le cadre et au lendemain de la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, ont cité quelques prénoms de femmes qui n’ont plus de voix pour témoigner.

118 femmes sont décédées en 2022 sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint selon le ministère de l’Intérieur. Au 25 novembre 2023, au moins 120 femmes ont été tuées selon le collectif Nous toutes”, a livré Jeanne Itangu, directrice de l’association. “Nous ne devons pas oublier les invisibles. Nos pensées vont vers toutes celles dont nous ignorons les prénoms, celles qui ont subi des tentatives de féminicide, l’insidieux processus d’emprise, celles qui désespérées finissent par se suicider sous cet amour aveugle et sourd.” Ce “Malamour” interprété par des chanteurs de l’école Musique Académie 19.

L’amour ne blesse pas, ne tue pas“, a dénoncé la directrice aussitôt relayée par sa présidente. “En 2022, 244.000 victimes ont signalé des faits de violences aux forces de l’ordre, soit une hausse de 15 % par rapport à 2021. À 87 %, ces victimes sont des femmes. À 89 % les mis en cause sont des hommes”, a ajouté très émue Georgette Chastanet. “Personne ne peut rester dans l’ignorance que ces violences sont un crime.”

Certes, la parole se libère. Certes, des formations et moyens sont mis en place, des aides d’urgences débloquées pour mettre rapidement à l’abri les victimes qui portent plainte. Certes, police, gendarmerie, tribunaux, associations, partenaires publics comme privés se mobilisent et travaillent en étroite collaboration. Il n’en reste pas moins que le fléau demeure et qu’il appartient à chacun d’entre nous d’alerter et d’inciter à parler.

“Cela fait 14 ans que nous nous réunissons ici.”, a rappelé le maire Frédéric Soulier. “Brive a été la première ville de France à s’être dotée d’une stèle en hommage aux femmes victimes de violences conjugales. Rien d’honorifique, l’idéal serait qu’elle n’existe pas.” Cette volonté témoigne d’un engagement fort pour “combattre ces violences insupportables, incompréhensibles, inacceptables”. Et au delà les discriminations de genre, la maltraitance économique dans le couple, tout stéréotype qui alimente les préjugés, à la racine de la non égalité femme-homme.

“Brive s’engage en militant de la cause, auprès de son personnel et auprès de notre jeune population, aux côtés des professionnels de santé et des associations”, a-t-il réaffirmé en saluant leur infatigable travail pour “aider les victimes à sortir du silence, se reconstruire et apprendre à revivre… Pour qu’un jour, nous ne nous réunissions plus ici pour déposer de fleurs pour les victimes.”

 

Contacts utiles.

  • l’association SOS Violences conjugales à Brive au 05.55.88.20.02 (du lundi au vendredi de 9h à 12h et de 13h à 18h), par mail à admin@sosviolencesconjugales19.fr et sur sosviolencesconjugalescorreze.fr.
  • le numéro national 3919 (ouvert du lundi au samedi, de 9h à 19h).
  • la Maison de soie au 05.55.20.57.24.
  • la plateforme de signalement des violences sexistes et sexuelles: arretonslesviolences.gouv.fr
  • Police Secours au 17 ou au 112.

 

J’ai reçu des fleurs aujourd’hui

J’ai reçu des fleurs aujourd’hui.
Ce n’était pas mon anniversaire ni un autre jour spécial.
Nous avons eu notre première dispute hier dans la nuit
et il m’a dit beaucoup de choses cruelles qui m’ont vraiment blessée.
Je sais qu’il est désolé
et qu’il n’a pas voulu dire les choses qu’il a dites
parce qu’il m’a envoyé des fleurs aujourd’hui.


J’ai reçu des fleurs aujourd’hui.
Ce n’était pas notre anniversaire ni un autre jour spécial.
Hier, dans la nuit, il m’a poussée contre un mur et a commencé à m’étrangler.
Ça ressemblait à un cauchemar, je ne pouvais croire que c’était réel.
Je me suis réveillée ce matin le corps douloureux et meurtri.
Je sais qu’il doit être désolé
parce qu’il m’a envoyé des fleurs aujourd’hui.

J’ai reçu des fleurs aujourd’hui
et ce n’était pas la fête des mères ni un autre jour spécial.
Hier, dans la nuit, il m’a de nouveau battue,
c’était beaucoup plus violent que les autres fois.
Si je le quitte, que deviendrais-je?
Comment prendre soin de mes enfants? Et les problèmes financiers?
J’ai peur de lui mais je suis effrayée de partir.
Mais je sais qu’il doit être désolé
parce qu’il m’a envoyé des fleurs aujourd’hui.

J’ai reçu des fleurs aujourd’hui.
Aujourd’hui c’était un jour très spécial,
c’était le jour de mes funérailles.
Hier dans la nuit, il m’a finalement tuée. Il m’a battue à mort.
Si seulement j’avais trouvé assez de courage pour le quitter,
je n’aurais pas reçu de fleurs aujourd’hui.

Marie Christine MALSOUTE

Marie Christine MALSOUTE

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