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Temps de poèmes : "Le souffle des mots simples"

Prix Mallarme et poesie H Haddad PANO

Quel doux moment que celui des poètes. La remise du prix Mallarmé a été suivie d’une rencontre avec Hubert Haddad, Dominique Chipot et son éditeur également auteur Bruno Doucey. Où l’on découvre “le souffle des mots simples”, que les poilus écrivaient déjà des haïkus et comment un seul poème oublié peut tracer une vie.

En_pleine_figure_pourleweb“J’ai suivi l’écharpe d’un parfum longtemps”, lit Hubert Haddad en puisant dans La Verseuse du matin (publié chez Dumerchez). La salle muette écoute comme une musique “ce souffle des mots simples” encensé par l’académie Mallarmé. “A tout amour la vie manque”, poursuit l’auteur pour qui “La poésie est un lieu d’infini indulgence face aux fins dernières“.

Ces fins dernières furent des plus horribles dans les tranchées de la Première guerre mondiale. C’est pourtant dans la boue, la rouille et le sang que des poilus auront écrit des poignants aïkus. “Le haïku en France est connu depuis 1905”, précise Dominique Chipot qui signe En pleine figure (chez Bruno Doucey). Cette anthologie rassemble les haïkus de jeunes poètes qui avaient rendez-vous avec la mort. Leurs noms sont aujourd’hui méconnus mais ils suscitèrent l’admiration d’Apollinaire, de Max Jacob ou du jeune Paul Eluard. Ils se sont livrés à cet art de l’esquisse, saisissant un tableau en trois coups de brosse.

“Ce que je trouve formidable, c’est cet art de l’instantané et cette force de la suggestion”, argumente François Montmaneix, président de l’Académie Mallarmé. “L’art du bibelot”, en disait Paul Claudel. Pas facile de donner une définition du haïku tant les mouvements se revendiquent “plus ou moins sur la forme comme sur le fond”, explique Hubert Haddad qui en est grand amateur. “L’haïku, c’est presque du silence”.

6a015433b54391970c01bb0790007f970d-200wi“Ce livre permet de bousculer une idée reçue selon laquelle l’art de l’haïku a été découvert en Occident dans l’émotion qui a suivie la destruction d’Hiroshima et Nagasaki”, déclare l’éditeur. Cette anthologie répond à cette envie de reparler de ces laissés pour compte, “une génération deux fois perdue, fauchée par la guerre et oubliée par la littérature”, écrasée par le dadaïsme tapageur qui s’en est suivi.

Fauchée par la guerre, oubliée aussi cette Marianne dont Bruno Doucey, cette fois auteur, a fait un livre: Si tu parles Marianne (chez Elytis). Pas visuellement de la poésie, mais une écriture narrative très poétique. Avant même d’être l’histoire d’une personne, c’est l’histoire d’un texte, un seul poème retrouvé par un petit garçon dans la poche de son pantalon où l’auteur, une jeune résistance qui a aidé des enfants à fuir le nazisme, l’avait glissé. Arrêtée ensuite, torturée, elle sera fusillée. Adolescent, Bruno Doucey découvre ce poème en lisant un recueil. “Ce texte m’a accompagné tout au long de ma vie.” Bien des années plus tard, il décidera de donner vie à Marianne Cohn. “Je l’ai ramenée à la lumière.”

“Je trahirai demain pas aujourd’hui”, débute de façon prémonitoire le poème d’une Marianne sacrifiée puis oubliée. “Quelle belle définition du courage”, s’est extasié Hubert Haddad.

 

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Marie Christine MALSOUTE

Marie Christine MALSOUTE

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