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"Si la Truite est de Schubert et la panthère… Rose"

quai n 5

Verdi inventeur des airs yiddish, Bach des rythmes brésiliens, Vivaldi de la musique irlandaise… Hier soir, Quai n°5 a revisité avec malice les grands classiques, bousculant allègrement les frontières. Pour son deuxième rendez-vous de la saison à Brive, le Festival de la Vézère est à nouveau sorti hier soir des chemins convenus. Un concert rafraichissant.

 

beaucoup de compliciteCe Quai n°5 là n’est certainement pas une voie de garage, ni d’arrivée d’ailleurs, mais bien un embarquement pour un tour du monde vers l’insolite. Un peu comme le quai 9 3/4 dans Harry Potter. Sur scène, ils sont 5 à la manoeuvre. Incontestablement des musiciens exceptionnels, chacun avec un parcours singulier à la croisée des scènes classique, jazz, pop et des musiques du monde. Entre eux, une complicité explosive déclenchée par le génie du contrebassiste Stéphane Logerot pour réinventer le classique.

“Voilà ce qui arrive quand on mélange Bach avec la musique brésilienne”, s’amuse le grand garnement après les deux premiers morceaux. “A une époque, on a bien tenté de mélanger des hormones de fraise avec celles de saumon pour éviter que le fruit ne gèle… Alors pourquoi pas la truite et la panthère?”, argumente le compositeur. “Cela dit, si la Truite est de Schubert et la panthère… Rose.” Aussitôt les 5 compères métissent joyeusement les deux genres. Avec une espièglerie visible.

au violon“Ça c’était du Wagner”, précise Stéphane Logerot quelques morceaux plus tard pour ensuite affirmer: Le Requiem de Verdi, c’est les prémisses de la musique juive”. Preuve aussitôt exécutée avec jouissance par les joyeux drilles qui s’amuse dans la caricature. Ne les pensez pas iconoclastes. Loin de là ! Ce serait plutôt l’envie pour ces musiciens par ailleurs classiques, qui poursuivent des carrières de premier plan, de bousculer les lignes, de s’oxygéner les notes comme d’autres s’aèrent les neurones. Après tout aussi, les compositeurs classiques se sont beaucoup servis de musiques populaires. Eux font juste le chemin inverse, repartent du classique pour aller vers le populaire. Jusque dans le titre des oeuvres: Wotan en emporte le vent, Le prince y dort, Strange cancan, Le bol des frelons, Mort à Rio, Le Cannibale des animaux, Signe tribal, Je n’ai besoin de personne pour jouer Mendelssohn

harmonicaIls mêlent ainsi Bach à la musique brésilienne, Mozart au style yiddish, Vivaldi à l ‘irlandais,Verdi au jazz, Borodin au disco… Pas un registre n’échappe à leur diablerie. Comme dans un jeu de chaises musicales, le pianiste se met à jouer de la contrebasse pendant que le contrebassiste fait vibrer sa guitare. Stéphane Logerot jouera aussi de l’harmonica… et même du sifflet dans une ambiance carnaval de Rio. Avec Irish Spring, les musiciens sautillent comme au pub sous une lumière verte d’Erin. Le public scande en choeur et exulte.

“Madame la directrice du Festival, on va vous faire un peu de musique classique pour toucher la subvention”, taquine d’un coup le contrebassiste. Le pianiste donne le ton, les autres enclenchent, mais visiblement ça les démange trop. Pas plus assagis, les trublions repartent de plus belle passant le morceau à la lessiveuse rock.

quai2“Est ce que vous aimez à l’opéra?”, questionne le contrebassiste. Question piège. Il n’en fallait pas plus pour passer Carmen au prisme yiddish. Surprenantes Métamorphoses, nom de leur concert, comme celui de leur deuxième album (petite révélation au passage, le groupe prépare un troisième album Station opéra en s’adjoignant 2 chanteurs d’opéra). En 1 heure trente, la salle a sillonné l’Argentine, les Balkans en passant par le Brésil, l’Amérique du Nord, le Portugal avec toute l’errance d’un jazz manouche. Le batteur s’en sera donné à coeur joie, sortant même cuillères en bois et caxixiLe public ravi ne veut plus descendre du train, en redemande et obtiendra ses deux rappels: Une marche truc, pardon Mozart, et un petit opéra Toscamini. Une irrévérence radieuse.

Plus d’infos sur les prochains concerts proposés par le Festival de la Vézère au 05.55.23.25.09 et sur le site festival-vezere. com.

Vous pouvez consulter également notre article sur les précédents concerts de la saison:

quai 1

quai pano

accordéoniste

sifflet

on tape dans les mains

pianiste a la contrebasse

le salut

 

 

 

Marie Christine MALSOUTE

Marie Christine MALSOUTE

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