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Sésame du Panama, ouvre-toi !

Dans la salle d’exposition temporaire du musée Labenche, deux cents nudsus vous regardent et c’est impressionnant! Derrière ces statuettes de guérison du Panama, c’est toute la culture du peuple Guna qui se dévoile. Une exposition envoûtante. Un voyage passionnant et riche d’enseignements à vivre tout l’été et jusqu’au 23 novembre.

Ce n’est pas par leur taille qu’elles impressionnent. Certaines de ces statuettes sont même si peu dégrossies qu’on distingue encore bien la branche sur laquelle elles ont été taillées. Et pourtant, il se dégage de ces deux cents statuettes une force incroyable. C’est cette force-là qui a subjugué la première fois Matthieu Péronnet, le collectionneur qui a prêté ces pièces au musée Labenche. “J’ai été interpelé par leur plasticité, leur aspect très totémique, leur simplicité et leur efficacité.” Mais surtout, elles ne ressemblaient à rien de ce qu’il connaissait. “Je me suis demandé quel peuple pouvait produire de tels objets et à quoi ils étaient destinés.”

A l’origine des nudsus, il y a le peuple Guna qui les fabriquent pour soigner un mal physique. Elles représentent un outil de médiation pour aller dans le monde des esprits. Ce sont originellement des objets thérapeutiques. Ni sacrés, ni même magiques. Une caractéristique prise en compte dans le montage de cette exposition. “Il fallait éviter de les sacraliser dans une trop grande obscurité”, note Vincent Rigau-Jourjon, directeur du musée Labenche à l’origine de cette ouverture sur l’art panaméen. Certains nudsus sont présentés groupés, d’autres, plus atypiques, sont mis singulièrement en lumière.

En s’approchant tout près, on peut constater que tous présentent une arête du nez extrêmement fine qui forme un T avec l’arcade sourcilière, une particularité physique de ce peuple. Matthieu Péronnet explique comment le sculpteur a utilisé cette caractéristique pour noircir le regard et accentuer l’aspect dramatique du visage. Puis il y a l’affliction de cet autre non loin représentée par le décrochement de l’épaule. “C’est d’une simplicité magnifique”, loue le collectionneur. Puis il y a encore cet autre qui arbore étonnamment un costume cravate, mais aussi un chapeau. “Le peuple Guna a le même mot pour dire chapeau et intelligence”, note Matthieu Péronnet. “C’est pour eux la vertu cardinale qui leur permet d’accéder dans les mondes invisibles. Et chez eux, ajoute-t-il, le monde de l’esprit prévaut toujours sur le monde physique. Chaque homme, chaque femme et même chaque animal possède son double immatériel, le purba“, explique-t-il encore, intarissable.

Un documentaire expliquant les procédés de fabrication est diffusé au fond de la salle et donne à entendre les chants rituels qui accompagnent les cérémonies lors desquelles les nudsus sont utilisés. Cette riche exposition présente enfin des molas, grands carrés de coton colorés et brodés qui avaient pu inspirer les artistes surréalistes. “Je souhaite que le public puisse être interpelé par la force émotionnelle de ces objets.” Ils constituent un véritable sésame pour s’aventurer dans l’art panaméen, la culture, les mythes et les traditions du peuple Guna qui, pour des raisons économiques, tend à s’occidentaliser. “Les anciens se considèrent comme les descendants des grands arbres de la forêt et croient dans l’aide réciproque existant entre le monde humain et végétal. Ils possèdent un langage universel qui nous manque peut-être un peu aujourd’hui…”

Du 10 juillet au 23 novembre : Nudsus et molas, statuettes de guérison et textiles du peuple Guna – Panama. Salle d’exposition temporaire du musée Labenche, 26 bis bd Jules-Ferry, 05.55.18.17.70. Entrée libre.

Jennifer BRESSAN, Photos : Diarmid COURREGES

Jennifer BRESSAN, Photos : Diarmid COURREGES

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