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Scout, chien d’assistance judiciaire

Il a un air de gros doudou. Tout ce qu’il faut pour apaiser. Nous avons rencontré ce jeune golden retriever dans les locaux de l’association ARAVIC qui vient en aide aux victimes, avenue Léo-Lagrange.

Depuis qu’il est arrivé, en juin dernier, il a entièrement colonisé le siège de l’Association de réinsertion des délinquants et d’aide aux victimes en Corrèze. Scout a éparpillé jouets et poils à travers couloirs et bureaux, s’est attaché la sympathie de l’équipe, fait le tour des bureaux pour saluer tout le monde en arrivant le matin et vient spontanément accueillir le visiteur avec une peluche. Dans son sillage, ils sont trois référents formés pour veiller sur lui. La psychologue Émilie Buguet l’héberge chez elle, le président Jean-Michel Bernard et la directrice Laure Gaillet ne se font pas prier pour prendre le relais les week-ends et si besoin. À travers eux, il a pris parole.

« Je suis un beau golden retriever de bientôt 3 ans, 35,5 kg, un mètre de long et je suis un chien d’assistance judiciaire, un des tout premiers. » Scout a vocation à intervenir à toutes les étapes de la procédure pénale : lors des procès en tribunal correctionnel comme aux assises, devant un juge d’instruction ou d’application des peines, lors des auditions au commissariat ou à la gendarmerie et même à l’hôpital, lors des consultations médico-judiciaires. Il intervient auprès des enfants, des jeunes et des adultes, de toute personne victime qui en manifesterait le besoin.

« J’ai été sélectionné chez un éleveur et formé par l’association Handi’chiens qui m’a mis à disposition auprès de l’ARAVIC, car elle avait présenté un projet innovant et bien préparé mon arrivée. J’ai d’abord vécu 18 mois en famille d’accueil où j’ai appris des commandes de base, assis, couché, bref le quotidien, et 6 mois en centre de formation pour me spécialiser. C’est d’ailleurs là que j’ai rencontré mes référents lorsqu’ils sont venus en stage. Avec eux, ça s’est fait petit à petit, car j’ai besoin de beaucoup de temps pour faire confiance. C’était beaucoup d’émotion pour eux aussi. » Scout est enfin arrivé cet été à Brive et s’écrit depuis une aventure exceptionnelle.

« Je suis un chien de travail, pas de compagnie. J’ai un planning avec des jours et heures de travail, des congés. Ça fait partie des conditions de mon bien-être. Handi’chiens y veille. Lorsque j’interviens, je revêts leur gilet bleu distinctif, c’est ma cape de super chien. » Les missions de Scout sont confidentielles et il sait garder le secret.

« En fait, on ne me demande pas grand-chose, juste de la présence, d’être allongé à côté de quelqu’un. Ce n’est pas pour autant une sinécure, cela peut être même très éprouvant : je dois être entièrement dédié à la personne. Je suis son soutien émotionnel. Je rassure, j’apaise, je diminue la charge anxieuse. Je décentre aussi un peu l’attention car pour une victime, c’est difficile d’être confronté à une procédure. De nature, je suis très doux, très bonne pâte, c’est ce que tout le monde dit de moi. Je suis une éponge, après, j’ai besoin de me reposer ou de me défouler. » Avec les enfants notamment, Scout se laisse totalement faire. « Ils peuvent me tirer les poils, je vais rester d’un calme olympien. Je suis très sensible, très empathique. » Et c’est ce qu’on lui demande.

« Certains disent de moi que je suis un peu “pataud”, que j’ai aussi mon caractère. C’est vrai que je peux être plus ou moins disposé, mais j’ai été éduqué, alors j’obéis et je sais faire savoir mon désaccord en rougnant pour la forme. Je suis aussi parfois un peu têtu, mais c’est ce qui fait mon charme. J’aime bien être félicité, au moins par la caresse. Et par une récompense, surtout si ça m’a coûté. Un canapé fait tout mon bonheur. Même si je ne suis pas très sportif, j’adore les balades, jouer avec mes congénères, qu’on s’occupe de moi et la nourriture, évidemment, bien que je n’aie droit qu’aux croquettes car on surveille mon poids. Je n’aime pas qu’on me gratte la tête, je déteste la pluie, la baignade, les shampoings, les escalators et les tapis roulants. J’oubliais, je ne supporte pas la vue des vaches : je hurle et pourtant j’ai été élevé à la campagne. Bref, je suis un bon chien. »

Si précieux qu’il soit, le collaborateur à quatre pattes est une charge en temps et un coût pour l’association : frais vétérinaires, mutuelle, couffin, jouets… L’association Pour nos P’tits Gaillards a heureusement financé une partie de la formation des référents et un fabricant de croquettes nourrit gratuitement Scout par sacs de 20 kilos. Si l’ARAVIC n’a pas eu à acquitter les 17 000 euros de formation du chien, elle a dû s’engager à trouver le financement d’un autre chien d’assistance. Mais le bénéfice est incontestable. La présence de Scout est un lien qui dénoue les plus réticents. Sans compter que, grâce à lui, nombreux sont ceux qui découvrent l’ARAVIC, alors que l’association œuvre depuis 30 ans. En 2022, elle a ainsi reçu plus de 1 500 victimes et effectué plus de 3 000 entretiens.

 

Marie Christine MALSOUTE

Marie Christine MALSOUTE

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