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Retour aux sources pour la famille Le Clere

Le nom de famille O’Cleer ne vous dit probablement rien. Celui de Le Clere peut-être un peu plus. Pourtant, la famille Le Clere a profondément marqué l’histoire de Brive. Elle est à l’origine de son développement économique et de sa transformation urbanistique au XVIIIe siècle. D’origine irlandaise, Thomas O’Cleer (on trouvait également l’orthographe Cleer ou Clare), francisé plus tard en Le Clere, arrive à Brive en 1764 avec dans ses bagages l’autorisation exprès de fonder une manufacture royale par lettre patente de Louis XV roi de France et de Navarre. L’établissement perdura pendant près d’un siècle.

Arnaud Le Clere, 42 ans, est le descendant directe de cette famille. Installé en région parisienne, il est venu récemment visiter avec son épouse, Pauline et leurs trois filles, Alaïs, Priscille et Zita, les Archives de Brive pour consulter l’important fonds consacré à sa famille conservé dans les entrailles de la maison Cavaignac au 15 rue du Docteur-Massenat (voir par ailleurs).

Rencontre et petite plongée dans l’histoire briviste.

Charles Le Clere, fils de Thomas O’Cleer.

« Je suis profondément attaché à Brive », avoue Arnaud Le Clere. Comment pourrait-il en être autrement d’un descendant de cette famille (9e génération) qui s’est installée sur les bords de la Corrèze dès 1764 pour y fonder une manufacture royale d’étoffe. « L’établissement perdurera sous différentes formes jusqu’en 1860 à peu près », ajoute Arnaud. Quasiment 100 ans. La famille, quant à elle, sera présente à Brive jusqu’au début des années 1960. C’est dire.

« J’ai retrouvé aux Archives départementales une lettre datée d’avril 1764 écrite à Turgot, alors  intendant de la généralité de Limoges, dans laquelle Thomas Le Clere demande l’autorisation de fonder une manufacture royale mais à Angoulême (qui dépendait de la généralité de Limoges, NDLR), démarche soutenue par John Holker, d’origine anglaise, inspecteur général des manufactures, et soumise également à Trudaine qui était à l’époque directeur du commerce en France (ministre du commerce en quelque sorte, NDLR). Le 3 juin 1764, un arrêt du Conseil d’Etat officialise la création de la manufacture royale d’étoffe de soie à Brive. Pourquoi à Brive, car il fallait développer économiquement le Bas-Limousin. Un souhait de Turgot », raconte ce passionné d’histoire qui, depuis quelques années, remonte le fil de l’histoire familiale. C’est ainsi que Thomas O’Cleer, son épouse, une française dénommée Marie Byrot et son fils Charles arrivent à Brive.

La manufacture était située le long de ce qui est aujourd’hui le bd Anatole-France

La famille Le Clere va marquer de son empreinte la ville, profondément. A l’arrivée des Le Clere à Brive, la cité compte entre 4000 et 5000 habitants. En 1775, un document, conservé aux Archives de Brive, recense 257 employés au sein de la manufacture. « C’est un chiffre assez important qui démontre que la manufacture était un gros employeur », reconnaît Arnaud. La manufacture transforme également le paysage. Le canal, si cher aux Brivistes qui l’ont connu, est percé, pour alimenter en eau la manufacture installée au nord de la ville (boulevard Anatole-France, NDLR).

Plan de la manufacture

Une partie des bâtiments existe toujours, en face de la Truffe Noire. La pierre inaugurale de la manufacture est encore visible sur laquelle est gravée en chiffres romains 1764. La Guierle est aménagée. Des terrains sont achetés par la famille. Situés également au nord de la ville, le long de la Corrèze, ils formeront le faubourg Le Clere. La famille habite une belle maison bourgeoise proche de la manufacture. C’est aujourd’hui le siège de la Croix-Rouge.

La maison des Le Clere

Les Le Clere, pour ceux qui ont vécu dans la région, sont enterrés au cimetière Thiers. Seul Thomas, fondateur de la manufacture, n’y repose pas. Il aurait été inhumé dans l’ancienne chapelle Sainte-Ursule détruite au début des années 1900, située à l’origine à côté des Archives municipales actuelles, là où est conservé aujourd’hui le fonds Le Clere. Étrange clin d’œil de l’histoire.

Une partie de la famille Le Clere est enterrée au cimetière Thiers

Un réel patrimoine donc, parfois malmené par le temps, notamment l’orthographe du patronyme Le Clere.

Il existe à Brive une impasse Le Clère, une rue Eugène-Leclère (Thomas Eugène Le Clere, en fait, NDLR), petit-fils de Thomas O’Cleer, maire de Brive par deux fois dans les années 1870-1871 et le stade Le Clère, situé sur des terrains de l’ancien faubourg, qui a été longtemps l’antre des joueurs de l’Étoile, club de football de la ville.

La rue Eugène-Leclère qui mène à l’école Jeanne-d’Arc

 

Le stade Le Clère (Le Clere)

La famille Le Clere vit maintenant en région parisienne. Arnaud et Pauline dirigent une société Perles d’Histoire, spécialisée dans la préservation et la valorisation de l’histoire des entreprises basée à Paris. Ils possèdent toujours une maison familiale en Dordogne à Payzac où ils viennent régulièrement et en profitent pour faire un saut à Brive. S’il n’y a plus réellement de lien physique entre les Le Clere et Brive, c’est un sentiment étrange qui désormais domine. « Je me sens Briviste ou Brivois comme on disait à l’époque de Thomas… », assure Arnaud Le Clere.

 

Un fonds d’archives riche et précieux à consulter
Ce fonds familiale a fait l’objet d’abord d’un dépôt aux archives municipales en 1990 par le baron Jean Le Clere, puis donné en 2005. Composé de milliers de documents, il permet de retracer toute l’histoire de la famille Le Clere de son départ d’Irlande à son installation en France en 1757 jusqu’au début du XXe siècle. Ce fonds est consultable librement aux Archives municipales ou sur le site des Archives. archives.brive.fr
Julien Allain, Photos : Diarmid COURREGES

Julien Allain, Photos : Diarmid COURREGES

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