L'actualité en continu du pays de Brive


Quand les clowns trouvent les mots face aux maux

Depuis un mois, des clowns interviennent toutes les semaines à l’hôpital de Brive, au contact de patients en rééducation après un accident, un AVC, des problèmes neurologiques. Une activité qui permet d’établir un autre relationnel entre soigné-soignant, au bénéficie de la thérapie. Cette semaine, les clowns ont élu en final résidence dans le service pour créer leur spectacle plein d’humour intitulé Tu t’es vu ? Il était présenté cet après-midi.

Photos Xavier Harismendy

Pour un clown, ne pas avoir de nez rouge est certainement dramatique. Et c’est bien ce que ses congénères pointent du doigt à bouffones gesticulations. Lamentations affolées dudit clown, consolé cette fois par ses mêmes détracteurs: “T’as pas de nez! Et alors? Regarde, moi je n’ai pas de main”, dit l’un. “Moi, je n’ai pas de cheveux”, réplique l’autre. “Moi, je marche toute cassée”, enchaine la suivante… À chacun ses maux que le burlesque permet de dépasser. et c’est bien le remède de ces drôles de comédiens. L’allusion est évidente et le spectacle construit sur la différence déclenche les rires des patients et du personnel.

À la manœuvre, la compagnie En avant marche qui a construit sa réputation au centre de rééducation de Noth en Creuse. “En 2003, la compagnie y a été hospitalisée, nous y avions installés nos bureaux”, s’amuse son directeur artistique Philippe Lopes. Un festival a même été créé et puis la pandémie a tout chamboulé.

Depuis un mois, dans le cadre d’un projet baptisé Cirkano, la compagnie est intervenue un jour par semaine au sein du service MPR (Médecine physique et réadaptation) de l’hôpital. “L’idée était d’intégrer la notion d’activité au sein du service“, explique Corinne Penchaud, cadre de santé au MPR. “Les patients restent ici un certain temps et ils ressentent souvent les actes techniques comme invasifs. Avec ces ateliers, il s’agissait de créer une relation de confiance différente entre soigné et soignant.” La démarche est inédite à l’hôpital de Brive. “Le projet a été bénéfique pour chacun, il a permis de développer une autre médiation en travaillant sur le regard, les mimiques”, se félicite le docteur Hanta Barre, responsable du service.

Le clown par définition est maladroit, et légitime dans cette maladresse”, développe Corinne Penchaud. Et sa maladresse ouvre ainsi les possibles. “Des patients diminués par un AVC n’osent pas s’exprimer, certains sont aphasiques… Avec cet atelier, on a vu certains le faire, autrement aussi que par le langage.” Pendant le spectacle donné en final aujourd’hui, les soignants pris par le jeu des clowns, n’ont pas manqué d’observer les réactions et l’engouement des patients. Des évaluations jugées très positives.

Nous avons tous un clown en nous, il faut lui laisser prendre le pouvoir, lui laisser faire ce que la bienséance ne permettrait pas”, intervient Philippe Lopes. “Avec ces ateliers, on bouscule le fonctionnement du service. Soignés, soignants, familles, tout le monde est clown face à la difficulté. C’est du lâcher prise et un bien-être vient se glisser.” Une belle aventure participative.

 

Marie Christine MALSOUTE

Marie Christine MALSOUTE

Laisser un commentaire

huit + 14 =