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Quand le théâtre s'invite à l'école

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Ce matin, Lauren Houda Hussein et Ido Shaked du théâtre Majâz ont présenté à une classe de 3e d’Arsonval Les Optimistes, programmés le mardi 17 novembre dans le cadre des spectacles sans frontières. D’ici demain, les Treize arches organisent une dizaine de rencontres scolaires autour de ce spectacle dans 4 établissements de Brive et Allassac. 

Eleve Arsonval realisateur comedien7Comme Samuel, l’un des personnages des Optimistes, les collégiens ont une idée faussée de Jaffa où se déroule l’histoire. “C’est sec, c’est un désert?”, avancent-ils incertains. “Il fait effectivement chaud mais c’est en bord de mer”, corrige Lauren Houda Hussein. Et tandis qu’Ido Shaked, metteur en scène, trace au tableau les contours d’Israël, l’auteur et comédienne rappelle que l’ancienne ville à la riche architecture était au début du siècle, un “véritable centre culturel”.

Le décor posé et la barbarie trop souvent présentée comme inhérente au Proche-Orient remise en perspective, les deux membres de la compagnie du théâtre Majâz sont entrés dans le vif du sujet: le théâtre. Pourquoi en fait-on? “Pour être quelqu’un d’autre“, ose une pratiquante. “Oui, et pour être plus près de nous-mêmes en même temps”, répondent les comédiens. “Sur scène, quelque chose de nous se révèle; il est bien connu que les masques ne masquent rien…” Tous les deux sont originaires de la partie du monde tourmentée dont parle la pièce. Lui est Israélien, elle Franco -Libanaise: “On avait envie de parler de la situation en Israël et en Palestine. Mais pas pour dire ce que la télévision dit déjà de ce conflit.”

Eleve Arsonval realisateur comedien3“Et si pour parler de la réalité, une situation qui est horrible, on parlait de son contraire ?” Une “utopie“, un “rêve“, c’est comme cela que la compagnie a choisi d’aborder les choses. La pièce mêle deux temporalités : le présent avec Samuel, l’avocat parisien qui espère régler vite fait bien fait la vente en Israël de la maison de son grand-père décédé et les années allant de 1948 à 1952 où on découvre Beno, le grand-père juif polonais de Samuel qui, après la guerre et les camps aspire à recommencer une nouvelle vie dans sa maison vide d’Israël. Les deux époques, reliées entre elles par une lettre, “un procédé narratif classique” donnent l’occasion d’aborder une multiplicité de thématiques et notamment l’idée de frontières, de mémoire collective, l’identité et l’humanité.

Eleve Arsonval realisateur comedien2Le croisement des réfugiés, ceux qui ont fuit l’Europe vers Israël et ceux qui en sont expulsés et envoyés vers les camps de réfugiés du Liban, sont au cœur de la pièce. Car Beno l’ignore d’abord mais la maison qu’il occupe n’est pas sans histoire, sans famille. “Quelle a pu être sa réaction quand il a appris la réalité de ces expulsions? “La surprise, le choc”, estiment les élèves. Forcé de constater que son histoire et celle des anciens propriétaires se ressemblent, forcé de se mettre à leur place, que va faire Beno à votre avis? “Mentir et arranger la réalité mais aussi réaliser ce qu’ils inventent, seule manière pour eux de rester optimistes.”

Eleve Arsonval realisateur comedien6“Cette histoire complexe fonctionne bien avec les scolaires”, assure l’auteur en s’appuyant sur la soixantaine de représentations de cette pièce qui tourne depuis 2012. Une conviction que partage Sylviane Bertrand, professeur de français qui a proposé à ses élèves d’aller la voir. “C’est bien de pouvoir sortir des classiques. Le théâtre contemporain et ses comédiens souvent plus jeunes parlent plus aux élèves.” Pas d’appréhension donc sur la complexité de la thématique ni le sur-titrage de l’hébreu et de l’arabe?”Ils ré-aborderont le conflit israélo-palestinien en fin d’année en histoire, et sur les langues, le comédien l’a répété: il faut se laisser porter par elles sans chercher à tout comprendre. Elles apportent une musique, une richesse.” Richesse que la troupe cultive avec ses membres qui viennent du Maroc, d’Espagne, d’Iran, de France ou encore de Palestine. “On ne fait pas d’humanitaire, notre but est d’enrichir le théâtre et, à défaut de changer le monde, proposer un regard et ouvrir les horizons.”

Les Optimistes, mardi 17 novembre. Tarifs: de 5 à 20 euros. Durée 2h10. Plus d’infos au 05.55.24.62.22 et sur le site des Treize arches.

 

 

 

Jennifer BRESSAN

Jennifer BRESSAN

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