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Quand la couleur saute aux murs

Il a la désinvolture de ceux qui ont déjoué les pronostics et réussi à faire de leur passion, un métier. Thomas Bouyssonnie, ancien du 126e, est graffeur.

Mais c’est par un BEP de tourneur-fraiseur à Cabanis qu’il a commencé. Un choix par défaut. « Je n’étais pas de ces élèves qui s’étaient offerts la possibilité de choisir. J’allais là où on me disait d’aller», explique, lucide, le trentenaire né à Brive, les mains coincées dans son bermuda en jean, coloré comme une toile de Pollock.

Il est finalement allé frapper à la porte de l’Armée au 126e. Il y a effectué plusieurs missions dont le Mali en 2013. La dernière. « J’ai choisi de faire ensuite une reconversion de peintre en bâtiment. » Peu à peu, l’artiste en sommeil se rapprochait de sa passion d’adolescent pour le graffiti. « C’était ma période basket et skate. J’aimais l’objet bombe de peinture, j’aimais comment elle diffusait et j’ai toujours trouvé belle l’idée de mettre de la couleur sur le gris des murs».

Il a appris seul, aiguisant son œil dans les magazines spécialisés qu’il faisait commander tous les quatre matins au Vival de Saint-Pan. » A l’époque, à Brive, la page était blanche encore. Elle s’est progressivement colorée. « Avant je graffais dans l’ancien abattoir puis la Ville m’a prêté les murs de l’ancien aérodrome qui allaient être rasés. C’était surréaliste. J’y passais ma vie ! »

Aujourd’hui, en dehors de ses escapades à Paris, New-York ou même dans le Bronx pour graffer, Brive Habitat lui prête des murs vers la déchèterie de Tujac et les Cèdres. Il s’y exerce sans cesse, retravaillant à l’envi son « wild style » (style sauvage) et ses calligraphies complexes. Ils sont plusieurs à venir œuvrer sur ces murs. Son ami Cédric, le Toulousain, s’y arrête souvent en montant exposer à Paris. « C’est l’un des meilleurs français, un artiste qui est même côté aujourd’hui. Puis il y aussi mes copains New-Yorkais qui sont venus graffer sur le mur de l’avenue du 18 juin.» Difficile d’imaginer que ce beau monde est venu déposer incognito ses couleurs et ses talents sur des murs de la cité.

Le Toulousain dont parle le Briviste est l’un des pionniers du graffiti en France. Il approche les 50 ans. « Maintenant le graff réunit tous les âges, beaucoup de filles et toutes les classes sociales. J’ai par exemple un copain avocat et graffeur ! » Dans cet univers de camaraderie et d’entraide, il retrouve un peu l’ambiance de l’armée. Loin de la concurrence qu’il supporte mal.

Et c’est justement pour partager ses compétences acquises au terme de 18 ans de pratique et un nombre incalculable de bombes vidées qu’il a décidé de créer l’association Gaill’art il y a bientôt 10 ans. C’est cette association qui portera d’ailleurs le festival de graffitis pensé pour l’été prochain à Brive. Il devrait réunir 30 graffeurs internationaux sur 1200m2 de surface peinte.

Aujourd’hui, Thomas Bouyssonnie poursuit sa mission d’initiation des jeunes au graff dans le cadre de son entreprise. Il l’a baptisée Ynoxe graffiti, de son surnom de graffeur. Pas un surnom classique. « L’idée, c’est de le créer avec les lettres qu’on aime, en travaillant sur leur enchaînement. L est la lettre la plus périmée du graffiti ! S est celle que tout le monde aime bien. »

À son compte depuis août 2018, il propose de la décoration intérieure et extérieure et il peint sur tous les supports, y compris les véhicules. On retrouve ses créations chez les particuliers mais aussi dans différents lieux de la ville : Le singe en hiver, Géant, le Collonges, jusqu’à la médiathèque de Tulle où il a graffé le visage de Rohmer. C’est aussi lui qui peint les blocs de béton anti-intrusion de l’entreprise Lachaud.

Bref, on est loin de l’image du jeune à capuche qui tague la nuit ! « Il y a encore des gens qui s’étonnent que je fasse des factures ! » Qu’importe les clichés tenaces! Le graffiti a le vent en poupe. « On le voit partout : sur les tee-shirts, dans les pubs. Même les grandes marques et les galeries s’y intéressent.» Lui aussi expose d’ailleurs, comme cet été au Grand Hôtel. Un joli pied de nez à son prof de math d’hier qui le raillait sur son bulletin : « Artiste cherche mécène » !

Contact : 07.82.73.61.44

Jennifer BRESSAN

Jennifer BRESSAN

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