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Platonov achève superbement Un été au théâtre

Un été au théâtre, la programmation juillettiste de la Ville au théâtre municipal, s’est refermée hier sur son dernier spectacle : un Platonov brillamment porté par la Luzège. L’heure du bilan.

Et il faut reconnaitre que la manifestation creuse patiemment mais incontestablement son sillon dans la panoplie des offres estivales, que ce soit à travers sa programmation, enrichie cette année d’un 5e spectacle, comme en terme de fréquentation. En seulement quatre ans. Auparavant seul le concert d’ouverture du Festival de la Vézère investissait le théâtre début juillet. Vint s’y ajouter en 2016 le festival voisin MNOP (Musique de Nouvelle-Orléans en Périgord) et avec lui l’idée de construire une plus large programmation. “En juillet, nous sommes sur une période où les offres de divertissement sont pléthoriques, mais l’enjeu est de maintenir une présence culturelle au théâtre une partie de l’été“, explique Jean-Marc Comas, maire adjoint à la Culture. Le lieu dévolu alors aux Treize arches et aujourd’hui à la scène nationale L’Empreinte, fait en effet relâche, laissant libre cours aux occupations venues des propositions alentour, les festivals ne manquent pas.

Musique classique, jazz, théâtre… et même danse cette année. Du hip-hop plus précisément, avec la compagnie clermontoise Daruma qui a offert un spectacle sensible très apprécié par un public intergénérationnel. “La danse est un élément incontournable qui facilite les échanges avec le public. Un été au théâtre peut être l’occasion de rencontres familiales que le qualificatif doit sublimer. Par contre, les festivals de danse n’étant pas habituels à cette époque dans notre bassin de vie, la troupe restera un choix joker”, commente l’adjoint au maire.

La manifestation s’installe ainsi dans le paysage et ses spectacles attirent un public chaque fois plus nombreux. Sauf la représentation Gretel et Hansel programmée malheureusement le dimanche 21 juillet… en plein milieu de Brive Festival. Leçon retenue: “Brive Festival et son off ayant de plus en plus d’aficionados, il est désormais clair qu’aucun spectacle même sans lien direct ne peut se dérouler au théâtre en même temps… à moins que Brive Festival n’investisse un jour aussi le théâtre”, lance Jean-Marc Comas. Bilan plutôt satisfaisant donc pour le maire-adjoint qui pense déjà aux futures éditions: “Les propositions doivent rester éclectiques et si possible tendre vers la gratuité. Ainsi il sera possible de séduire les touristes en s’appuyant sur une collaboration avec l’Agglo et faire en sorte qu’ils prolongent leur soirée sur Brive. La direction de la culture et moi-même allons rapidement discuter de cela avec l’Office de tourisme.” Un enjeu d’attractivité du territoire mais pas seulement puisque visiblement les habitants ont eux aussi savouré ces instants, comme le dernier hier en fin d’après-midi.

Le cru 2019 s’est refermé en beauté avec le festival nord corrézien la Luzège, venant pour la deuxième année consécutive à Brive avec sa pièce tête d’affiche. “C’est un partenariat qui se confirme et pour nous l’occasion de rayonner au Sud du département”, abonde sa chargée de communication Viridiana Ferrière. Anton Tchekov et son Platonov… le choix était certes ambitieux car sous des abords drôles et foisonnants, le texte se révèle très cynique et même grinçant, en portant sur notre humanité une douloureuse lucidité traversant les siècles.

Cette toute première pièce de Tchekhov (écrite à 18 ans autour de 1878, au titre perdu comme a failli l’être ce texte jamais joué de son vivant) porte certes un regard sans complaisance sur la Russie de l’époque, mais bien au-delà, elle prête à rire et à penser sur notre condition. Tout le mérite de la mise en scène aura été de faire ressortir cet aspect intemporel. Pas de chichis parasitaires dans le décor ou les costumes: juste le texte sublimé par le jeu des acteurs en une pièce foisonnante et débordante, écartelée en profond mal-être et désir de vie.

Ainsi évolue sous nos yeux, dans toute sa banalité, une micro-société n’ayant plus d’idéaux, si ce n’est cet argent ou cet amour galvaudé au cœur de toutes les préoccupations. Et encore ! Un monde où les jeunes perdent très vite leur capacité à s’indigner et leur espoir réel en une vie nouvelle pour s’enliser à leur tour dans le même marécage creusé par leurs aînés. La vie, la mort, l’amour, l’absurdité des uns comme des autres…

Dans cette villa de campagne slave qui pourrait être tout aussi bien notre Corrèze, ces hommes et ces femmes se débattent contre l’ennui qui cherche à les engluer, entrent et sortent, piaffent, abusent de cris et de larmes, s’empoignent, s’embrassent, se repoussent… dans un infini des possibles qui sans cesse échappent aux protagonistes. “Ainsi va le monde”, constate Platonov. Les personnages pourraient être tous insupportables à des degrés divers et pourtant, grâce à la façon dont ils sont présentés, ils réussissent à nous toucher. Chaque tirade, de manière flamboyante, est l’occasion d’une réflexion très lucide et très juste. Avec cette implacable conclusion: “Il faut enterrer les morts et réparer les vivants”.

Un Platonov qu’il ne faut pas manquer. Les représentations se poursuivent: ce soir lundi 29 juillet à 20h30 à Meymac, mercredi 31 à 21h à Borrt-les-Orgues au château de Val, dimanche 4 août à Lamazière-basse, lundi 5 à Champaillac-la-Noaille, mardi 6 à Uzerche, mercredi 7 à Peyrelevade et dimanche 11 à Saint-Pantaléon de Lapleau (infos sur laluzege.fr et au 06.12.40.05.94).

 

 

 

 

Marie Christine MALSOUTE

Marie Christine MALSOUTE

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