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Pendant le confinement, ils ont “enchanté” la rue Fernand Delmas

Pendant le confinement, ces habitants de la rue Fernand Delmas n’ont pas voulu rester les bras croisés. Ils voulaient aider, faire quelque chose. Ils auront chanté, à distance mais ensemble, en chœur, soir après soir en l’honneur de nos héros du quotidien. Retour sur un acte gratuit et désintéressé qui puise son sens et sa beauté dans sa spontanéité et sa régularité.

C’est une rue comme il en existe tant d’autres. Une rue où il ne se passe jamais grand chose. Une rue où les habitants ne se connaissent pas moins qu’ailleurs, pas plus non plus. Une rue assez banale en somme. Et pourtant pendant le confinement, elle s’est vue réenchantée par une petite vingtaine d’habitants qui, défiant les générations mais pas les règles de distanciation, se sont retrouvés soir après soir, face à face sur les trottoirs, pour chanter ensemble. Chanter en hommage à nos héros du quotidien, les soignants bien sûr mais aussi tous les autres: femmes de ménage, caissières, livreurs… Tous ceux que le Covid-19 a placé en première ligne.

Ils ne savent plus bien comment tout cela a débuté. “On a commencé à applaudir comme tout le monde”, explique Evelyne Blaise, puis de fil en aiguille, une chose en a entraîné une autre… Un soir, à 20h, dans sa maison située à l’angle de deux rues, elle s’est retrouvée à applaudir du côté André Delon et à chanter de l’autre, côté Fernand Delmas avec une petite vingtaine de voisins. “Bella Ciao” et “À nos souvenirs” ont résonné dans le quartier le premier soir, et ils ne savaient pas alors ce qu’il allait advenir de cette idée…

Soir après soir, à 20h, dans le froid et la nuit de la fin mars jusqu’au jour et au soleil de début mai, ils ont chanté. Ils étaient loin d’imaginer la pérennité de ce projet. “Et pourtant, on l’a fait. On se mettait d’accord le soir pour le lendemain sur la chanson et à 20h, on chantait la chanson de la veille et celle du jour et ainsi de suite.” Les grands classiques de la chanson française et internationale y sont passés jusqu’au dernier soir, le vendredi 9 mai, où les habitants ont balayé en chansons ces deux mois de confinement une heure durant. Tout s’est terminé par “La valse à mille temps” sur laquelle les octogénaires Jeannine et Jean-Claude ont entamé quelques pas de danse à même la chaussée.

Pensé au départ comme une façon de soutenir et de remercier les héros du quotidien, ce rendez-vous convivial aura aussi été riche de partage entre voisins. “Cela a permis de créer entre nous une belle cohésion et nous a permis de mieux connaître certains de nos voisins”, témoigne Evelyne Blaise en précisant que rien n’aurait été possible sans une famille de mélomanes: le quatuor formé par Alex et Marie, Antoine et Julie. “Avec leur jolie voix, leurs instruments qu’ils sortaient sur le trottoir et leur enthousiasme, ils nous ont entraînés dans l’aventure jusqu’au bout. Sans eux, ça n’aurait pas été la même chose.”

Intrigués par cette animation inhabituelle, plusieurs curieux sont passés voir: la police, mais aussi des jeunes soignants hébergés à Cabanis et d’autres quidams séduits par l’initiative et qui trouvaient dans ce concert chaque soir ré-improvisé un peu de douceur dans un quotidien empêché. Aujourd’hui, tous ces habitants regardent avec bonheur et un brin de nostalgie aussi ces rendez-vous chantés. Formé pour l’occasion, le Cercle Fernand Delmas, ainsi nommé, pourrait se reformer informellement, autour d’un repas de quartier quand le temps sera venu mais aussi pourquoi pas à l’occasion de la fête de la musique. “Si la manifestation devait être annulée, on pourra toujours chanter ensemble de chez nous, depuis notre jardin…

 

Jennifer BRESSAN

Jennifer BRESSAN

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