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"On n'est pas obligé d'être triste pour être sérieux."

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A mi-parcours de sa résidence à Brive pour écrire son prochain Manuel d’exil, Velibor Colic a partagé avec le public sa “géographie musicale”. Une façon de se raconter, avec un humour salvateur: sa jeunesse bosniaque, la guerre, sa fuite, l’exil, la reconstruction… “La langue devient ta patrie”, reprend celui qui est arrivé dans l’hexagone en ne parlant que trois mots de français: Jean-Paul Sartre. “On n’est pas obligé d’être triste pour être sérieux.” Le lauréat du prix des lecteurs de la Ville de Brive l’a parfaitement illustré.

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public“Ne vous inquiétez pas, je ne vais pas chanter”, a salué l’auteur, déclenchant les premiers rires de la rencontre. L’humour sauve-t-il de tout? Ce gaillard d’1m95 qui affiche sur son t-shirt sombre “Ni joyeux ni triste, poète”, a traversé des heures parmi les plus sombres de l’Histoire européenne. “Plus je passe de temps sur cette terre, plus je pense que notre lieu de naissance nous forge, dessine notre destin. On ne peut pas y échapper.”

Lui est né en Yougoslavie communiste, un vendredi 13. Hasard de cette rencontre à la médiathèque, il y avait exactement 51 ans jour pour jour. “J’ai grandi dans un pays beau et terrifiant à la fois.” Un melting pot culturel et religieux, jusque dans sa famille. Evoquant les fêtes: “Du côté de ma mère, catholique, on mangeait bien. Du côté de mon père communiste, on chantait bien, mais on n’avait rien à manger.” Un père grand lecteur, à la bibliothèque fournie, dans laquelle puisera avec malice le jeune Velibor. Très tôt, il découvre des auteurs comme Camus ou Dostoïesvki qu’il appelle Fedor Mikhaïlovitch, par son prénom, comme un intime. “Je voulais être grand écrivain.” 

velibor1Velibor Colic égrène les années autour d’une liste de musiques et de livres qui ont marqué les grands événements de sa vie. Son histoire mêlée à la grande. “Ça fait le bonhomme que je suis.” Ses études à Sarajevo, l’espoir d’un vent nouveau derrière le rideau de fer – “Notre génération a essayé de sauver ce pays” -, son animation radio, sa passion pour le jazz, – “une belle musique universelle” -, la guerre civile, les centaines de milliers de morts, les millions de réfugiés…

Une horreur qu’il finit par résumer en 3 mots: “génocide, mémoricide, urbicide”. C’est la fuite à travers l’Europe pour rejoindre la France. “Chez nous c’était la guerre, ailleurs c’était l’été.”

velibor 2Le réfugié commence alors l’apprentissage d’une nouvelle vie qu’il croque avec acuité. “L’exil est tout sauf romantique”, objecte-t-il au lyrisme d’auteurs comme Chateaubriand. Lui se heurte à la réalité crue: ” J’avais bac +5, déjà publié trois livres, mais j’étais un illettré du simple fait que je ne parlais pas français.”

Faut-il que ce grand gaillard ait l’âme tenace : “Les livres m’ont sauvé la vie”. Il en a déjà écrit trois dans sa nouvelle langue. “Ça m’a permis d’extérioriser toutes les horreurs. Si je n’écrivais pas, si je ne lisais pas, je ne serais pas là.”

L’auteur qui vit aujourd’hui à Douarnenez, mettra 18 ans à revenir dans sa ville natale. Avec ce sentiment d’être apatride: “L’étranger, c’est celui qui a un accent partout. Quelquefois, je suis fier de ça, quelquefois, j’en suis triste.” Et c’est encore en lien avec son histoire que l’auteur écrit son prochain livre, Manuel d’exil avec comme sous-titre Comment réussir son exil en 36 leçons. “J’en suis à peu près à 20. J’ai beaucoup avancé en résidence d’écriture, avec une facilité presque inquiétante”, s’amuse-t-il. Que ses fans se rassurent: avant de retourner dans sa Bretagne d’adoption, ce narrateur au verbe fantaisiste partagera avec la même gourmande complicité quelques extraits de sa future publication. A ne pas manquer.

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Marie Christine MALSOUTE

Marie Christine MALSOUTE

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