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Nos ancètres les Gaulois

Le carnyx à tête de serpentOn vient de fort loin voir le « carnyx » découvert à Tintignac et actuellement exposé au musée du cloître de Tulle. Cette trompe celtique a beau avoir subi quelques outrages du temps, elle en impose toujours, dressée dans sa verticalité, avec sa tête de serpent gueule ouverte pour effrayer l’ennemi. Une pièce unique au monde dont la Corrèze a encore la primeur jusqu’au 31 mai, avant que le précieux vestige n’entame sa tournée internationale, en compagnie du tout aussi unique casque à tête de cygne.

Fin septembre 2004, lors d’une nouvelle série de fouilles sur le site de Tintignac,  à côté de Naves, les archéologues ont découvert une fosse quadrangulaire d’à peine 1m30 de côté mais recélant un véritable petit trésor: quelque 500 objets datant du IIe et 1er siècles avant Jésus Christ et même plus anciens, imbriqués les uns dans les autres, armes, casques, carnyx, monnaie, des représentations d’animaux et même un chaudron, très important dans les cérémonies religieuses celtiques.

Les deux pièces actuellement exposées à Tulle, dans la salle d’accueil du musée du Cloître, sont les deux premières à avoir pu être restaurées. Les deux plus exceptionnelles aussi: un casque cygne et un carnyx, précieusement protégés dans leurs vitrines .

Le carnyx« Carnyx »… un mot étrange venu du tréfonds de notre histoire, du côté de nos ancêtres les gaulois, de la grande famille des celtes. Le mot était complètement ignoré de la plupart d’entre nous, jusqu’à ce que d’irréductibles archéologues découvrent ce « trésor » à Tintignac. Et notre petit bout de terre corrézienne s’est retrouvé au cœur des conjectures scientifiques, faisant l’envie des experts de la période.

Pour faire simple, un carnyx est une trompe de guerre verticale, en tôle de bronze, utilisée entre le VIIIe et le 1er siècle avant J.C.. Elle mesurait environ deux mètres de haut et son pavillon représentait généralement une hure de sanglier, mais aussi une tête de serpent ou de cheval. Surtout, elle produisait un son roque, propre à terroriser l’ennemi.

Si le « carnyx » de Tintignac a fait un tel buzz chez les scientifiques, c’est tout simplement qu’il est le seul aussi complet découvert à ce jour, le seul aussi à avoir conservé son embouchure.

Le casque à tête de cygneIl aura fallu plus que des trésors de patience et de savoir-faire au laboratoire toulousain Materia Viva (un nom bien approprié) pour restaurer ce vestige, composé de 26 pièces éparses. Une oreille et des petits bouts de la trompe sont manquantes, mais cela n’enlève rien à la rareté de cette pièce exposée dans sa belle verticalité, comme si elle se dressait encore, défiant le temps à défaut d’un ennemi.

Dans la vitrine voisine, le casque à tête de cygne interpelle lui aussi le visiteur. Ce type de casque demeure à ce jour totalement inconnu dans tout le monde celtique. Sa forme tout en finesse et son audace esthétique, prouve, s’il le fallait encore, que nos ancêtres les gaulois n’étaient pas ce peuple si rustre voire bonhomme que certains albums ou films veulent nous montrer.

Détail du casque à tête de cygnevisiteuseL’œil attentif du visiteur remarquera sur le casque des traces de coups bien visibles. Ces marques ne sont pas dues à une quelconque bataille contre quelques légions romaines. Tous les objets mis au jour dans cette fosse à Tintignac portent ainsi de telles traces. « Le site est en fait un sanctuaire« , explique Karine Viatgé, responsable du musée du Cloître. « Les armes trouvées avaient été cassées, pliées en deux, la monnaie volontairement tordue, le casque martelé de coups d’épée, transpercé par une lance. C’était une façon d’enlever leur pouvoir aux objets, avant qu’ils soient donnés en offrande. »

La quasi-totalité des objets découverts étant de nature guerrière, il est logique d’imaginer qu’il en était de même de la divinité honorée sur ce sanctuaire. Elle pourrait ainsi être assimilée au Mars des Romains. Et même si certains casques s’apparentent plus à des armes d’apparat, ce dépôt pourrait être considéré comme un trophée résultant d’une bataille. Restons mesurés. Les spécialistes n’ont pas fini de débattre sur le sujet qui ouvre de nombreuses perspectives. Qui sait, verra-t-on un jour peut-être un musée sur le site même de Tintignac…

En attendant, les Corréziens ont donc le grand privilège de pouvoir admirer ces deux pièces en avant-première mondiale, avant justement qu’elles ne partent pour être exposées en Suisse. D’autres vestiges ne demandent qu’à être restaurés, dès que les financements le permettront, comme un casque tout aussi original, surmonté de trois grands anneaux disposés en triangle et qui a déjà fait l’objet d’une reconstitution numérique.

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L’EXPOSITION « Héritage gaulois », au musée du Cloître à Tulle. Ouvert du mardi au dimanche de 9h à 12h et de 14h à 18h. Entrée de l’exposition: 1,20 euros (2,50 euros pour l’ensemble du musée). Infos: 05.55.26.22.05.

LA VISITE découverte de l’exposition, tous les mercredis à 15h.

DES CONFÉRENCES

  • samedi 25 avril, à 14h30, sur la restauration des objets de Tintignanc, avec la restauratrice Monique Drieux qui y a elle-même participé. Au conseil général. Entrée libre.
  • lundi 4 mai, à 20h30, sur les armes gauloises avec l’orfèvre Barbara Armbruster (pour l’aspect technique de la fabrication) et Thierry Lejard, spécialiste de l’armement gaulois (pour évoquer la panoplie du guerrier).

TINTIGNAC ASSOCIATION dont le but est de favoriser la valorisation des vestiges archéologiques de la commune de Tintignac. Elle organise des visites du site des fouilles à partir de mi juillet. Infos: 05.55.20.19.52 et le site de l’association.

A NOTER

  • la parution prochaine d’une publication réalisée par Christophe Maniquet, l’archéologue qui a mené le chantier de fouilles à Tintignac.
  • un dinandier de la Corrèze devrait reproduire le casque à tête de cygne.
  • les fouilles devraient reprendre en juillet.
Marie Christine MALSOUTE

Marie Christine MALSOUTE

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