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Michel Serfati : finir “Ismène” à résidence

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Ses quatre semaines en résidence d’écriture à Brive auront été volontairement “monacales” afin d’achever son deuxième roman Ismène ou la vie, toujours. Après le remarqué Finir la guerre paru en 2015 chez Phoebus, Michel Serfati réinvente cette sœur d’Antigone restée dans l’ombre, donnant chair à celle qui a fait le choix de la vie, “une femme moderne qui, presque inaudible, murmure depuis 25 siècles au monde d’aujourd’hui”. Rencontre.

 

michel-serfati2“Je suis vidé”, répète en nous accueillant Michel Serfati. En ce dernier jour de résidence, il a expédié ce matin même à son éditeur le manuscrit du roman qu’il porte depuis 5 ans. Avec un compréhensible “sentiment de contentement” après des semaines de quasi enfermement. “Je suis très peu sorti. Quelques séances de cinéma, le samedi matin au marché… J’ai profité à plein de la résidence, c’est un coup de chance, un vrai soutien à la création, à l’étape ou j’en étais.”

L’auteur avait besoin de se mettre ainsi en retrait de son quotidien, comme en repli sur soi, pour relire son roman, en lisser l’écriture, façonner la ponctuation, l’équarrir de ses répétitions… “Je ne suis venu que pour gommer, raturer”, s’amuse-t-il. Un travail “technique, laborieux”, qu’il compare à celui de l’ébéniste libérant son meuble de copeaux disgracieux. D’ailleurs, Michel Serfati ne se revendique pas écrivain, sans fausse modestie : “Avec un seul roman publié, même s’il a reçu un bon accueil…”, argumente-t-il. Non, lui, aime se comparer à un “artisan d’écriture” qui patine méticuleusement et amoureusement les mots.

michel-serfati6“Pendant 10 ans, j’ai eu envie d’écrire sans oser commencer”, avoue-t-il. Ce n’est qu’à la retraite qu’il aura franchi le pas, avec l’idée de ce deuxième roman qui le taraudait déjà, il y a 5 ans, avant même que le premier ne soit paru. “J’avais l’intuition du sujet.” Ismène, cette sœur d’un mythe qui tient une place particulière dans notre imaginaire collectif : Antigone, l’héroïne absolue qui va au sacrifice jusqu’à la mort pour ses idées, seule contre tous, contre la cité et ses lois, modèle suprême de courage et de l’éthique.

“Mais qui se souvient d’Ismène, cette sœur qui ne serait que légèreté, superficialité, insouciance, celle qui permet peut-être à Antigone de tenir pleinement sa place d’héroïne?”, interroge Michel Serfati. Lui, la trouve “belle”: “Elle me fait envie, loin d’une sorte de dolorisme dont Antigone est empreinte. C’est un personnage plus ambigu et plus complexe qu’il n’y parait. Elle est du côté de la vie, du désir.” Eros contre Thanatos.

michel-serfati5Il a d’abord eu envie de réhabiliter ce personnage “éminemment romanesque” avant de se rendre compte que c’était impossible: “Partout, elle n’est que l’ombre portée de sa sœur, son double négatif, au point que l’une morte l’autre n’existe plus”. Il la réinvente donc en la mettant au premier plan, lui donnant “chair, sang, plaisir, larmes et rires, lumière et joie de vivre, peur et parfois aussi courage”. Non sans un préalable travail herculéen de documentation. “Je ne suis pas helléniste. Mon projet n’était pas de faire un livre historique, mais je me devais d’être crédible.” Le romancier se plonge alors dans la mythologie, remonte au plus profond de l’Antiquité grecque, fouille la vie quotidienne de l’époque, ses codes et comportements… Autant de références et d’ouvrages qui l’ont accompagné à Brive dans son assidu travail de réécriture et de vérification. “C’était un rendez-vous quotidien, au moins 4 heures par jour, le plus souvent de 8 à 10 heures.”

Le manuscrit expédié, c’est “une parenthèse qui se referme”. L’auteur n’en a pas moins quelques idées en réserve: “Le plus compliqué, n’est pas de trouver un thème, mais d’inventer l’histoire. J’ai deux ou trois fichiers ouverts, je vais laisser les choses se faire.” Pour l’heure, débute un autre voyage pour ce livre qui déjà ne lui appartient plus et devrait paraitre en 2017… lui ouvrant, il l’espère, la possibilité de venir à la Foire du livre. Avec cette épigraphe empruntée à Danielle Sallenave dans Le don des morts : “Vivre n’est pas triste, vivre est tragique. Vivre n’est ni une obligation ; ni une corvée ; vivre n’est pas un devoir, vivre est un don, une grâce.”

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Marie Christine MALSOUTE

Marie Christine MALSOUTE

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