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Ma vie au temps du confinement : Valérie Clamens, thanatopractrice (11)

Depuis le début de la crise sanitaire, Valérie Clamens, qui exerce la thanatopraxie, a dû s’adapter. Son activité est même à l’arrêt depuis le 1er avril à cause de l’interdiction généralisée des soins de conservation qui court jusqu’à la fin du mois. Quelles conséquences pour les défunts et leurs proches?

« Nous travaillons dans l’ombre des pompes funèbres », commence Valérie Clamens. « On nous confond souvent avec eux d’ailleurs, mais notre activité n’a pourtant rien à voir. » Elle est centrée sur les soins de conservation qui préservent le corps de sa décomposition naturelle.

Et c’est précisément ce qu’un décret en date du 1er avril leur interdit dorénavant de pratiquer sur tous les corps, que les personnes soient décédées du Covid-19 ou non. Une décision radicale qu’a du mal à comprendre Valérie Clamens. « Les sociétés de pompes funèbres et les thanatopracteurs du grand Est ont dû peser dans cette décision. Là-bas, la situation a été dramatique. » Elle comprend évidemment la peur. Elle la partage.

Mais elle regrette que la décision n’ait pas été appliquée au cas par cas, par préfecture. « La situation en Corrèze n’a rien de comparable avec ce qui peut se passer ailleurs et notamment à l’Est. » Elle déplore aussi que l’arrêté ait généralisé l’interdiction des soins de conservation à toutes les personnes décédées. « On continue de vivre pendant la pandémie, et de mourir aussi, de crise cardiaque, de cancer, d’accident de la route… »

Pour les personnes non décédées du Covid-19, seule une toilette mortuaire est autorisée. « On désinfecte le corps, on le nettoie, on l’habille. On ferme les yeux du défunt, sa bouche, on le coiffe, on maquille les dames et rase les messieurs et on applique une crème hydratante pour éviter à la peau de se déshydrater trop vite. Ensuite, les corps sont placés sur des tables réfrigérées pour que la famille puisse se recueillir. » En revanche, les corps des personnes décédées du Covid-19 sont eux directement mis par les pompes funèbres dans des housses fermées puis un cercueil. « Une autorisation récente permet toutefois à la famille de voir le visage du défunt dans le respect des gestes barrières. »

Métier difficile s’il en est, beaucoup voudrait pourtant l’exercer semble-t-il. « Mais on est peu nombreux à tenir le coup », explique Valérie Clamens qui le pratique depuis 13 ans dont deux ans à son compte. « On y accède par une école privée et après la théorie, il faut compter un an et au moins cent soins pour réussir l’examen. » Mais après un an ou deux, les diplômés jettent souvent l’éponge. « On s’occupe de bébés, d’enfants, d’accidentés de la route et on rentre chez nous sans debriefing, sans pouvoir en parler. En outre, ajoute-t-elle, nous sommes des artisans et rien dans le code du travail n’encadre notre métier… » Pourtant, Valérie Clamens aime ce qu’elle fait. « Nous redonnons à l’entourage une bonne image des personnes décédées. Nous leur rendons leur visage, leur dignité. »

Jennifer BRESSAN

Jennifer BRESSAN

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