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Ma vie au temps du confinement : Pierre Mouzat, sculpteur (2)

Et vous, comment vivez-vous le confinement? La question est cette fois-ci posée à l’artiste Briviste Pierre Mouzat. Le sculpteur, diplômé de l’école Boulle, est bien connu par-delà la cité pour ses corps décharnés, plus tout à fait vivants, pas encore morts pourtant. Récit d’un artiste confiné et optimiste convaincu.

Bientôt viendra la temps de la création. « Cette épreuve va assurément être hyper inspirante », assure Pierre Mouzat qui s’astreint à un confinement complet. « J’ai déjà une idée de sculpture en tête, celle d’un corbeau posé sur un crâne. » Mais l’heure est encore à la réflexion, à l’introspection. “Après la sidération, place à la digestion. Celle de la création viendra ensuite.”

Il n’y a pas d’urgence pour Pierre Mouzat. Vraiment pas. Surtout pas. « On pensait qu’il n’était pas possible d’arrêter le train dans lequel le monde était lancé à pleine vitesse. A cause de ce virus, l’impossible se réalise. » A cause ou grâce car « on va peut-être se rendre compte que ce n’est pas plus mal d’aller un peu moins vite. Combien étaient-ils à se plaindre de ne jamais avoir de temps. Voilà qu’aujourd’hui, on l’a dans ce confinement forcé. Du temps pour réfléchir à qui nous sommes, ce que nous faisons, où nous allons. « Moi ça ne change pas radicalement ma vie. Je lis, j’écris, je fais du vélo d’appartement. »

L’artiste vit déjà dans un autre temps. « La création s’inscrit dans un temps lent et long. J’ai toujours eu du temps, pris le temps. » Depuis qu’il est revenu dans la sculpture en tout cas. Cela fait 20 ans. « Avant, j’étais dans le business moi aussi, dans cette course folle, ce monde de fous. » Jusqu’à ce qu’il ne puisse plus. Une question le taraudait. Aurait-il pu vivre de la sculpture ? Il a tout laissé tomber pour en avoir le cœur net et sculpter. « Aujourd’hui le modèle se doit d’être jeune, beau, respirant la santé et la performance, de surmonter en quelque sorte les lois de la nature. Et de fait, il traduit notre refus actuel de la finitude, de la temporalité et de la possibilité même de notre propre mort. Ce virus va peut-être nous rappeler à l’ordre, nous faire prendre conscience de l’importance de la vie et de sa fragilité, nous rappeler l’essentiel.»

Par-delà notre vulnérabilité et notre condition, Pierre Mouzat se dit hyper optimiste et veut croire que les choses vont changer, et notamment les modes de consommation. « Regardez, la terre respire déjà mieux, les eaux s’éclaircissent.” Et l’homme a pour lui un allié précieux. « Notre plus grande faculté, c’est l’adaptation, et ce depuis la nuit des temps. Une fois de plus, on s’adaptera. » Pour le meilleur, veut-il croire. « Ce virus est une véritable lame de fond et elle va faire son œuvre… »

 

Jennifer BRESSAN

Jennifer BRESSAN

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