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Ma vie au temps du confinement : Murielle Brugeat, sage-femme (4)

photo d’archives. Crédit photo: Diarmid Courrèges

Malgré la pandémie, le monde continue de tourner bon an, mal an, et les femmes d’accoucher. Et, aussi justifiées que puissent être dans les maternités les dispositions prises pendant la crise sanitaire, les futures mamans ont plus que jamais besoin d’être rassurées et suivies par leur sage-femme. Lumière sur le rôle crucial de ces professionnelles au temps du Covid 19 avec le témoignage de Murielle Brugeat, sage-femme libérale exerçant à Malemort.

« Nous n’avons pas abandonné nos patientes», clame Murielle Brugeat. Mais les sages-femmes ont dû s’adapter. « Nous avons supprimé toutes les consultations qui n’étaient pas urgentes mais nous continuons à voir les mamans qui sortent de la maternité et à suivre les grossesses ; en revanche, la plupart de notre suivi se passe en télémédecine. »

Cette pratique présente des inconvénients certains : « On ne peut pas écouter les bruits du cœur, prendre la tension ou faire un examen clinique lorsque cela est nécessaire. » Mais elle pointe aussi plusieurs avantages. « Le fait de se voir, même si c’est via un écran, c’est déjà mieux que rien et cela permet de mieux rassurer les femmes. Je propose aussi des séances de préparation à l’accouchement via WhatsApp.»

Cette application mobile qui permet de passer des appels vidéos lui permet aussi d’animer des séances collectives. « C’est positif pour la future maman de pouvoir se retrouver avec d’autres femmes. Et j’arrive même à toucher des patientes qui ne seraient pas allées vers ce type de séance, notamment parce qu’elles ont des enfants en bas âge. Le fait que ces rendez-vous aient lieu en début d’après-midi leur permet de mettre leur ainé à la sieste et de prendre part à la séance de chez elle en faisant même participer les pères. »

En outre, poursuit-elle, c’est l’occasion de les familiariser avec cette application. « J’ai été étonnée de découvrir que certaines mamans, mêmes celles qui sont assez jeunes, n’ont pas l’habitude de l’utiliser. » Or, elle leur est d’autant plus utile à la maternité que le papa ne peut pas être aussi présent qu’en temps ordinaire. On touche là au point central qui exacerbe une situation délicate. « Il est arrivé que des maternités n’acceptent plus la présence du père pour se prémunir de tout risque de contagion. »

Aujourd’hui, grâce à la recommandation du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF), la présence du père est acceptée en salle de naissance une fois le travail commencé mais il reste exclu tout au long du séjour en maternité.

Des témoignages de femmes qui ont accouché pendant le confinement, Murielle Brugeat n’en manque pas comme celui de cette femme à qui on a dû faire une césarienne. Le père qui s’était vu déposer sa femme à la porte de la maternité n’a pu voir son enfant que durant deux heures après la césarienne le lendemain mais pas sa femme. Il leur a fallu attendre d’être à la maison pour se retrouver tous les trois.

« Ces situations provoquent énormément de stress chez les femmes enceintes. « Face à l’absence des pères et les précautions prises du fait du coronavirus lors de l’accouchement, certaines mamans seraient prêtes à improviser un accouchement à la maison. » C’est évidemment possible quand la démarche a été pensée, programmée et préparée avec une sage-femme mais l’envisager par défaut et au dernier moment montre le niveau d’appréhension des mères. « Ne vous mettez pas en danger », prévient la sage-femme. « Vous rentrerez vite à la maison et vous n’êtes pas seule. On ne vous abandonne pas. Nous n’abandonnons pas les femmes enceintes et les jeunes mamans », répète Murielle Brugeat tandis qu’un problème de taille demeure. Celui des masques.

« Nous n’avons droit qu’à six masques par semaine. » Des chirurgicaux, pas des FFP2. Si une femme enceinte contractait le virus, qui irait ? On ne nous a pas donné les moyens de la prendre en charge. Nous n’abandonnons pas nos patientes mais nous, les sages-femmes, on nous a complètement oubliées. »

Jennifer BRESSAN

Jennifer BRESSAN

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