L'actualité en continu du pays de Brive


Lucie Créoff : Profession biographe hospitalière

Lucie Créoff, 35 ans, est biographe hospitalière et exerce, depuis 2016, au sein du service oncologie de Brive où elle recueille les paroles de patients qui se racontent. Au terme de ces entretiens, Lucie Créoff en tire un livre, une biographie. Rencontre et explication sur un métier, un service, un accompagnement encore rare et précieux mais qui a tendance à se développer et dont le service oncologie de Brive peut se réjouir de disposer.

Lucie Créoff, avant d’être biographe hospitalière, a été ergothérapeute dans le domaine de la santé mentale. Dans le cadre de cet exercice, elle avait souvent recours à l’art- thérapie afin de permettre à ses patients, à travers la pratique d’une discipline artistique, de s’exprimer et de retrouver petit à petit confiance en eux. C’est lors d’un atelier d’écriture que Lucie a compris la puissance de l’écrit et de son utilité pour eux. « Ces personnes que je pensais connaître se sont révélées à moi à travers cet outil. Cette expérience est venue faire écho à cette profession de biographe hospitalier dont j’avais entendu parler ».

Lucie change alors de voie, rencontre Valéria Milewski, celle qui fût la première en France à exercer cette profession et auprès de laquelle elle va apprendre son futur métier, étend ses savoirs en soins palliatifs, peaufine son écriture en devenant écrivain public et en rédigeant des biographies.

Formation en poche, c’est une autre rencontre qui propulse Lucie au sein du pôle cancérologie de l’hôpital de Brive. Elle est sollicitée par le docteur Laure Vayre, chef du pôle d’oncologie, convaincue qu’une biographe permettra de proposer un accompagnement complémentaire, grâce à la collaboration avec l’équipe soignante, pour le confort et le bien être des patients et de leur entourage.

Dès 2016, Lucie commence alors à exercer avec pour mission de retranscrire la vie de patients, d’écrire avec eux et à leur demande une biographie, leur vie ou une tranche de vie, dans laquelle le patient est libre de dire ou de ne pas dire.

« Toute vie est unique et mérite d’être lue, entendue… »

« Cet accompagnement gratuit est ouvert à tous les patients du service oncologie et à tous les stades de la maladie si cela a du sens à un moment donné pour un patient d’avoir recours à ce type d’accompagnement quelque soit sa motivation, pour laisser une trace, transmettre, partager, explique Lucie. Les personnes qui viennent dans notre service ont comme un coup d’arrêt dans leur vie car le diagnostic d’une maladie comme le cancer bouleverse tout. La vie personnelle, professionnelle, la vie intime. Il y a tout un tas de questions qui émerge. On est dans un contexte singulier mais pourquoi ne pas saisir cet instant là, contraint et forcé de s’arrêter, pour en tirer profit. Faire un point sur soi, son parcours, ses envies. »

Exercice difficile et sensible, co-écrire sa biographie n’est pas un acte egocentrique, « au contraire, c’est un acte généreux. Ce n’est pas un exercice essentiellement tourné vers soi mais aussi et surtout vers l’autre. » C’est en tout cas un instant suspendu.

« Même si ce n’est pas un soin en tant que tel, comme l’affirme Lucie, c’est une façon de prendre soin de l’autre que d’écouter son histoire. Mon approche est humaniste et pas forcément soignante. Je ne rencontre pas un malade mais d’abord une personne. Je n’oriente pas. Je ne questionne pas. Les gens vont là ou ils veulent. Il y a des jardins secrets. Il faut que cela soit un moment de plaisir, une fenêtre ouverte sur autre chose. Même si effectivement les patients sont souvent fatigués parfois les entretiens se prolongent. Une fois qu’ils commencent c’est comme s’ils étaient transportés ailleurs, ils ne sont plus à l’hôpital. »

Le récit couché sur papier est fidèle à ce que le patient souhaite laisser, transmettre. « Je suis biographe mais pas dans le sens littéraire strict, je retranscris tel que les gens me parlent car c’est cela qui a du sens. Ce ne sont pas mes mots mais ceux du patient. » Le livre une fois clos sera relié par un artisan d’art, remis au patient ou confié à une personne désignée. « Toute vie et unique et mérite d’être lue et entendue ».

Julien Allain, Photos : Fatima Kaabouch

Julien Allain, Photos : Fatima Kaabouch

1 commentaire

  •    Répondre

    Bonjour Lucie, j’ai eu l’occasion de lire l’article sur le magazine Brivemag. Je voulais vous dire combien votre démarche est importante et vous félicite ! Je suis Auteur, vous pouvez si cela vous intéresse voir sur ma chaine YouTube mes ouvrages. Si cela vous dis, nous pouvons échanger, si non très belle continuation à vous. Merci pour tout le bien et la libération que vous apportez à ces personnes.

Laisser un commentaire

8 + un =