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Lili Leignel raconte aux élèves le quotidien d’un camp de la mort

À bientôt 88 ans, debout sans faiblir pendant 2 heures, ce petit bout de femme coquette, l’une des dernières déportées rescapées, est venue délivrer hier un message de paix et de tolérance aux 1500 lycéens et collégiens réunis à l’Espace des Trois Provinces. Une rencontre organisée par l’ONACVG (Office national des anciens combattants et victimes de guerre) dans le cadre des commémorations du 75e anniversaire de la libération des camps de concentration nazis.

“Je suis encore là”, lance l’octogénaire. Cette affirmation qui est aussi le titre de son livre, siffle comme un pied de nez à la folie nazie qui a causé 6 millions de morts pendant la 2e Guerre mondiale. “J’étais destinée à périr dans les camps de concentration et je suis là devant vous aujourd’hui. Quelle revanche !” Incroyable bout de femme, restée debout tout du long, sans montrer une once de fatigue, racontant d’un flot continu son histoire, sans papier, sans hésitation, toujours sur le même ton, dans une style impeccable et d’une voix douce se rapportant à l’enfance.

“Vous savez tant de choses sur cette période, c’est dans vos livres d’histoire”, entonne-t-elle devant les 1500 élèves assis face à elle et qui ont la chance d’entendre ce témoin direct de l’Holocauste, l’une des dernières déportées encore vivantes à même de pouvoir témoigner. “Aucun cours d’histoire ne remplacera jamais la parole de ceux qui ont vécu les camps de concentration”, avait déclaré en préambule le maire Frédéric Soulier. Alors Lili Leignel raconte. Son calvaire commence le 27 octobre 1943 lorsque sa famille est arrêtée, peut-être sur dénonciation, parce qu’ils étaient juifs. La petite Lili est déportée à l’âge de 11 ans avec sa mère et ses deux plus jeunes frères. Son père est séparé. Elle ne le reverra pas.

Lili Leignel raconte les transports en wagons à bestiaux, les êtres entassés, les cris des SS, leur brutalité, les aboiements de leurs chiens, les brimades, le désespoir, la terreur d’être séparée de sa mère, la souffrance physique et morale, la négation de son identité, ce numéro tatoué sur la peau, 25612. “Ce matricule, il fallait le connaître par cœur. En français et surtout en allemand parce que si l’on ne répondait pas à l’appel des nazis, on recevait des coups de fouet.” Elle raconte le camp de Ravensbruck, puis Bergen-Belsen, le camp de la mort lente, la honte, la faim, la peur, l’appel interminable, les bébés noyés, le typhus, des scènes insoutenables d’extermination. “Autant mourir que de continuer de vivre comme ça”, pense-t-elle. Face à elle, le silence d’un auditoire happé par l’horreur. Leur camp sera libéré le 15 avril 1945. Pour conclure, elle entonne des comptines enfantines en russe, tchèque, polonais, les langues parlées dans les camps : « C’est ce que les mamans nous chantaient le soir pour calmer nos peurs ». Jamais de haine dans ses paroles.

“Comment avez-vous pu survivre?” demande un élève. “Grâce à l’amour et au courage de maman. Elle nous forçait à rester digne, c’était tout ce qui nous restait.” Elle raconte comme elle les faisait lever à trois heures du matin, avant l’heure habituelle, afin qu’ils puissent se laver. “Vouloir à tout prix faire sa toilette das un camp de concentration, c’était déjà un acte de résistance !”

“Comment avez-vous trouvez la force de raconter?”, interroge un autre. “C’est tout ce mal que l’on m’a fait qui me donne la force de survivre. Je parle au nom de tous ceux qui ne sont pas rentrés.” Pour tous ceux qui ne peuvent plus, tous ceux qui ont disparu, pour ne pas laisser le champ libre aux négationnistes, pour que ce passé ne soit pas effacé, reste à jamais gravé. “Si à mon âge, je viens vous parler de ceci, c’est pour que vous compreniez qu’il n’y a rien de pire que le racisme. Respectez vos différences, ce sont vos richesses.” Elle appelle son auditoire au respect de l’autre, quelque soit sa couleur de peau ou sa religion. “Vous êtes la France de demain. Bientôt il n’y aura plus un seul déporté et c’est vous qui aurez à transmettre. Il faut que vous soyez vigilant. Tout peut toujours revenir. Le racisme est un fléau. Il faut combattre la haine de l’étranger, la xénophobie. Il faut être tolérant les enfants. Nous sommes tous des êtres humains. Si vous vous y mettez, vous bâtirez un monde de paix. » Lili Leignel entend bien continuer. “Ma mission n’est pas terminée. Je témoigne à l’infini.”

 

 

Marie Christine MALSOUTE, Photos : Diarmid COURREGES

Marie Christine MALSOUTE, Photos : Diarmid COURREGES

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