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Les vies entremêlées de Pierre Balineau

Tout ceux qui connaissent Pierre Balineau savent qu’avec lui, forcément, ça dépasse. Il cause beaucoup. De rien. Surtout de tout. Et il joue. Il a toujours joué. Au rugby hier. Au piano passé 40 ans. La comédie dorénavant. En amateur. C’est très sérieux. Le jeu, c’est toute sa vie depuis 73 ans. Rencontre avec le tout jeune président du comité départemental de la fédération de théâtre amateur, FNCTA, récemment créée en Corrèze. 

Dans les années 1970, il est alors pilier au CAB, et accessoirement beau gosse, genre brun ténébreux, comme le rappelle la photo encadrée dans le salon. “On vivait dans l’euphorie. On était les rois, des gamins ! Ça marque.” Il a gardé de cette époque son goût du jeu, des défis. Une âme d’enfant. Pas sage mais curieux. Plein d’envie, d’appétit de vie. Il raconte les quarts de finale contre l’ASM à Colombes devant 35.000 personnes, les demies contre le grand Béziers de l’époque et bien sûr la tournée en Afrique du Sud.

Difficile de retrouver sous la cuirasse façonnée par la vie et le rugby, l’enfant chétif d’hier affublé de pulls arlequin confectionnés par sa grand-mère à partir de plusieurs autres détricotés. Ajoutez la casquette vissée sur la tête, les bouts de cotons enfoncés dans les oreilles pour les otites et les galoches fourrées en peau de lapin aux pieds… “Les Creusois n’avaient jamais vu un truc pareil ! Ils me prenaient pour un Marseillais à cause de mon accent.” Mais c’est de Bordeaux qu’il arrivait.

Son père, “menuisier, séducteur, excellent joueur de billard et personnage hors norme”, y avait fait de “mauvaises affaires”. La famille est arrivée à Guéret, au terme d’un voyage épique à bord d’une 5 CV trèfle, armature bois qui ne dépassait pas les 60 à l’heure et faisait un bruit d’enfer. “J’étais à l’arrière avec le chien et ma grand-mère.” Par une lame abîmée du plancher, il regardait l’asphalte défiler. Quand tout à coup, “Tiens ! La voiture penche ! Mais non !” Mais si ! Il faut l’entendre raconter ça ! Une roue venait de se décrocher et ils l’ont regardée les doubler sur la chaussée… Ils ont fini le trajet en train.

Pierre Balineau est longtemps resté le plus petit. “J’ai pris quelques pains…” Mais avec le culot, il a commencé à mater des plus gros que lui. Puis il a finalement grandi. “Je suis devenu méchant comme la gale et révolté comme un chien. Je traînais dans les bois avec une bande de malheureux.”
Avec eux, il a fait les 400 coups. Le 401e, c’était “l’affaire des chaines de chiotte en porcelaine blanche sur lesquelles étaient marquées « Tirez ». On les avait volées dans les toilettes publiques et on les portait tous autour du cou !”
Il a connu des jours plus inspirés. “Avec notre orchestre, les Jets players, on a introduit le rock en Creuse. On jouait plus vite que le son !” Lui était à la basse. “Les trois quarts du temps c’était faux mais ça ne s’entendait pas trop !”

Depuis, il a progressé. À la guitare et au piano. “J’avance d’un pas et recule de deux.” Mais la mêlée marque son homme. “Je sais ce que c’est que de ne pas avancer.” L’inventeur d’un joug de rugby vendu jusqu’à Hong Kong n’a pourtant pas l’air d’avoir beaucoup reculé dans sa vie où il a tour à tour travaillé dans une usine de charpente, déchargé des wagons, loué des bulldozers et autres compresseurs, été chargé de l’entretien de l’usine Deshors. Il a même été visiteur médical. Il faut l’entendre déballer l’argumentaire de vente d’un laxatif de l’époque. Un sketch !

Mais c’est dans la peau d’un clown automate qu’il s’est vraiment lancé sur scène, sur le tard. Il faisait l’intermède dans une pièce de la compagnie des Point t’y es qu’il préside aujourd’hui. Ça lui a plu tout de suite. La lumière, les regards, les applaudissements ? “Le rugby rend cabot. Tu as besoin de reconnaissance. Quand t’arrêtes, c’est une petite mort.”

Peut-être vit-il comme une renaissance sur les planches ? Depuis, il a incarné beaucoup de personnages, des torturés, des plus légers et des projets ont été portés jusqu’au Guatemala en pays Maya où le théâtre n’avait jamais pénétré. Il a dernièrement accepté de relever un nouveau défi en prenant la présidence du comité départemental de la fédération de théâtre amateur, FNCTA, récemment créée en Corrèze. L’enjeu est grand : il s’agit de fédérer les troupes amateurs sur le territoire pour développer les pratiques et les projets. Alors ça y est, fini de jouer ? “L’envie pourrait me reprendre !” Heureux sont ceux qui ne se débarrassent pas si aisément de leur âme d’enfant.

Jennifer BRESSAN, Photos : Diarmid COURREGES

Jennifer BRESSAN, Photos : Diarmid COURREGES

1 commentaire

  •    Répondre

    avec Pierre on revenaide voir le match Begles angoulême ,et la avec sa p 60 on est allé au fossé une roue nous est passéesous le nez et sommes rentrés à Guére ten stop dans une fiat décapotable avec une belle blonde au volant .avec Pierre on s est bien marré en Creuse .

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