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Les gens du voyage s’installent sur leurs premiers terrains familiaux

La famille Orié s'installe aux Rebières

Max Orié est tout heureux. Avec sa femme et ses trois enfants, il vient de s’installer “en dur” sur l’un des deux terrains familiaux aménagés par la Ville de Brive aux Rebières et inaugurés en fin de matinée. “Je suis content que mes enfants soient enfin dans l’hygiène. Dans la tranquillité aussi. C’est un grand jour.”

Visite inauguraleA quelques mètres de la route qui mène à Chasteaux: deux petites maisons en ossature bois, les deux premières des 12 qui vont être réparties à travers la commune. Un habitat social adapté pour les gens du voyage sédentarisés. “C’est un grand jour”, ne cesse de répéter tout heureux Max Orié en faisant fièrement visiter aux officiels son “chez lui”: une pièce à vivre, une chambre, des sanitaires, un emplacement goudronné pour la caravane et un coin de verdure. Trônent déjà au centre de la pièce un canapé et une table basse. “Je vais aussi mettre une cuisine, un insert, un tapis… Ça va être joli. Ma femme l’arrangera comme elle veut. La chambre, c’est pour les trois enfants, avec des lits superposés. Nous, on dormira dans la caravane. On va même pouvoir faire un potager.”

les deux terrains familiaux

Son épouse Cathy n’en trouve plus ses mots. “Je suis très émue. C’est merveilleux. C’est surtout pour les enfants: ils vont enfin vivre dans l’hygiène. Et dans la tranquillité, sans les conflits que l’on rencontre sur les aires d’accueil.” Leurs deux aînés sont à l’école. “Ce matin, ils ne voulaient pas y aller. Ils voulaient voir l’inauguration.” Seule Aurélie, 3 ans, gambade avec son doudou sans trop s’éloigner de ses parents.

Famille Orié sur le canapé“La caravane, c’est pour le voyage”, explique Cathy. “Vous savez, j’ai 28 ans et ça fait 28 ans que je vivais à Bouquet.” Le tristement nommé “camp” de Bouquet, situé sur la route de Chasteaux et devant lequel on passe pour se rendre sur les deux premiers terrains familiaux. “Hé bé, c’est le jour et la nuit, ça va vraiment nous changer”, lance Pamela, leur voisine qui a elle aussi emménagé avec mari et trois enfants. “Ça fait longtemps qu’on attendait. Les derniers mois ont été longs. Je n’y avais pas encore penser, mais je ne vais pas tarder à mettre le nom sur la boîte aux lettres.”

le prefét coupe le ruban!“Nous nous étions engagés, à l’occasion de la campagne des municipales de 2008 à créer une alternative crédible, et j’insiste sur ce mot, au camp de Bouquet”, a rappelé le député-maire Philippe Nauche. “Notre présence en ce lieu montre que lorsque nous le voulons, nous le pouvons.” Un Yes we can à la briviste et l’élu n’a pas caché sa joie et sa fierté: “A l’heure où nous assistons dans notre pays à ce qui pourrait conduire à un repli communautaire, nous apportons une réponse claire à une question essentielle: quelle place voulons-nous offrir dans notre société à celles et ceux qui ont un mode de vie qui diffère de celui qui est communément admis comme étant la norme? Malheureusement, cette réponse de tolérance et d’acceptation de l’autre tel qu’il est, n’est pas celle qui est formulée par tous.”

La famille devant la maisonEt de déplorer “la campagne orchestrée par une partie de l’opposition, axée sur un refus quasi systématique des terrains proposés pour accueillir cet habitat social adapté et faisant appel aux peurs de nos concitoyens. J’ai beaucoup entendu ceux qui refusaient notre politique et qui ont, à cette occasion, adoptée une position qui tendait, sous des termes politiquement corrects, vers une certaine xénophobie. Pour ma part, j’ai la conviction que nous nous enrichissons au contact de l’autre, au contact d’autres traditions, et que c’est le rejet de ces dernières qui nous appauvrit.”

les chaussures devant la porteLe préfet Alain Zabulon a poursuivi sur le même registre: “L’acceptation de la diversité ne va pas de soi”, tout en rappelant l’obligation légale, à défaut d’être morale, “d’offrir à nos concitoyens gens du voyage dont le mode de vie sans racine fait partie de l’histoire de notre pays, un habitat adapté à une culture qui est la leur”. Le préfet corrézien a également réaffirmé “l’engagement de l’Etat qui fera appliquer les mesures de non stationnement sur des aires illicites, dès lors que la commune se sera mise en conformité avec la loi.” Qualifiant cette réalisation “d’exemplaire qui permet d’apporter une réponse intelligente”, le préfet a voulu conclure en ces termes: “Le droit à la différence ne doit jamais aboutir à la différence des droits”.

A noter que le financement de ces deux terrains familiaux s’élèvent à 240.560 euros (24.000 euros de l’Etat, 17.000 pour la Ville et 200.000 par emprunt auprès de la CDC). Les occupants liés par un contrat de location, doivent s’acquitter d’un loyer (240 euros par mois) et des charges afférentes.

Les prochains habitats adaptés seront réalisés pour le 1er semestre 2011 sur des parcelles situées à Chanoux et à Bel Air.

Marie Christine MALSOUTE

Marie Christine MALSOUTE

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