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L’empathie, ce médicament presque comme les autres en Ehpad

L’Ephad de Rivet devient l’Ehpad du Pays de Brive. Il s’agrandit en englobant celui de Malemort qui a ouvert lundi 1er avril au lieu-dit Le Pic, rue Alfred de Musset. En son sein, essaime une méthode de soins tournée vers l’empathie, un médicament (presque) comme les autres. 

Cet établissement était indispensable à notre territoire”, expliquait récemment Frédéric Soulier, maire de Brive et président du conseil d’administration de l’Ehpad. “Pour une place attribuée, c’étaient trois demandes qui n’étaient pas satisfaites.”

Les deux sites vont ainsi fonctionner main dans la main, la même philosophie irriguant les deux lieux où l’empathie a été repensée comme un véritable complément au médicament, pouvant même si substituer dans certains cas.

“Dans le cadre de notre projet d’établissement 2018-2022, l’Ehpad a engagé une réflexion avec les professionnels et s’est réorganisé autour de deux axes stratégiques: la personnalisation de l’accompagnement et la promotion d’une culture de la bientraitance“, pose Isabelle Gibiat, directrice déléguée de l’Ehpad du Pays de Brive.

L’établissement propose ainsi une méthode singulière à laquelle 12 soignants ont été formés pour commencer. À terme, ils devraient tous l’être. Cette méthode, dite de validation affective ou thérapie par l’empathie, a été théorisée entre les années 1960 et 1980 par Naomi Feil, une psychologue américaine. Elle est fondée sur l’attention prêtée à l’autre.

“Avant d’aller à la rencontre de la personnes âgée ou pour donner un soin, nous devons nous centrer, oublier nos soucis mais aussi observer le résident, refléter son attitude, revêtir son humeur avec la distance appropriée”, commence Alexandra Cassagne, aide médico-psychologique dans les unités de vie protégée.
Et d’expliquer que face à une personne triste, il ne sert à rien d’essayer d’imposer sa bonne humeur. “La personne pourrait se sentir incomprise, voire rejetée ou moquée. Nous accueillons toutes les émotions exprimées avec empathie, nous les partageons et encourageons leur expression”, détaille celle qui a toujours eu envie de travailler auprès des personnes âgées. “Dans vieux, j’entends vie en eux. Ils vivent encore. Il faut les accompagner. Ici, c’est un lieu de vie avant tout.”

C’est à l’arrivée de la nouvelle cadre de santé Béatrice Eymat, que cette voie a été prise. “Aujourd’hui, les résidents sont plus détendus”, estime-t-elle.  Alexandra Cassagne ajoute que c’est enrichissant pour le personnel aussi. “Cette méthode nous a permis d’avoir plus confiance en nous.”
La relation de confiance ainsi créée incite les résidents à continuer de communiquer avec le monde extérieur. Et c’est aussi là tout l’intérêt de cette méthode tournée vers l’accompagnement non médicamenteux. “Face aux angoisses, avant de donner un médicament pour apaiser, on applique la méthode en aidant la personne à puiser dans ses ressources, à chercher dans ses souvenirs.”

Selon la psychologue américaine, explique Alexandra Cassagne, “les personnes âgées revisiteraient les moments importants de leur vie, revivant les meilleurs et tentant d’apaiser les plus douloureux pour, en quelque sorte, laisser leur maison en ordre avant de la quitter.

Elle poursuit : “On a une résidente très angoissée à chaque départ de ses enfants. Nous avons cherché avec elles quelles solutions elle mettait en place auparavant dans des situations stressantes. Elle nous a dit qu’elle priait. De fait, ce recueillement calme certaines de ses crises.”
Il y a aussi cette résidente qui ne voulait pas dormir dans son lit. “On s’est aperçu qu’il était pour elle synonyme de mort, qu’elle avait peur de ne pas se réveiller. Nous lui avons installé un lit dans le petit salon où les résidents peuvent se retrouver et où, ainsi entourée, nous avions remarqué qu’elle arrivait à se reposer.”

Dans cette méthode, la connaissance du résident et de son histoire est centrale. Elle s’inscrit dans le projet d’accompagnement personnalisé. “Il est réalisé dans le mois d’entrée et réévalué tous les 6 mois pour les personnes atteintes de troubles cognitifs, tous les ans pour les autres”, explique la psychologue Samira Elmtalsi. “C’est un engagement écrit qui ne reste pas lettre morte”, une coconstruction avec les résidents, leur famille ou responsable légal, le soignant référent, cadre de santé et psychologue. “Il n’y a pas quelque part un cerveau brillant qui déciderait de tout à distance”, rappelait à cet égard Vincent Delivet, directeur du centre hospitalier de Brive et de l’Ehpad.

“On recueille les attentes, les habitudes, on définit les objectifs et moyens mis en œuvre. Il peut parfois s’agir de petits rien: un résident qui veut qu’on l’appelle par son prénom ou un nom qu’il s’est choisi, qui voit faciliter son endormissement après remplacement de la tisane dont il a en horreur par de la chicoré qu’il a toujours eu l’habitude de boire avant de se coucher… Si on ne le sait pas, on passe à côté de choses simples à mettre en place”, détaille les professionnelles.
Dans ce processus, la famille est associée. “C’est dur pour eux aussi. Quand la personne rentre, l’aidant est souvent à bout, épuisé”, confie la directrice déléguée. En participant à son accompagnement, ce passage de relais est peut-être un peu moins difficile à vivre pour lui aussi.

 

En bref:

  • adresse: lieu-dit Le Pic, rue Alfred-de-Musset à Malemort
  • tél. 05.55.22.07.00
  • superficie du terrain: 12.000 m2
  • nombre de lits: 102, dont 14 pour les résidents présentant des déficiences cognitives, portant à 262 lits la capacité totale de l’Ehpad du Pays de Brive
  • prix de la journée pour l’hébergement: arrêté par le conseil départemental de la Corrèze à 62,47 euros
  • emplois créés: 60
  • investissement: 11,5 millions d’euros dont le coût a été maîtrisé

Sur l’Ehpad du pays de Brive en construction à Malemort, vous pouvez aussi consulter notre précédent sujet:

 

 

Jennifer BRESSAN, Photos : Diarmid COURREGES

Jennifer BRESSAN, Photos : Diarmid COURREGES

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