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Le sport européen à l’épreuve du nazisme

intro owens long

A l’heure des Jeux de Rio, le centre-musée Edmond Michelet propose une exposition fort à propos intitulée “Sport, sportifs et jeux olympiques dans l’Europe en guerre 1936-1948”… Ou quand les idéologies totalitaires écornent l’idéal prôné par Pierre de Coubertin. A découvrir jusqu’au 1er octobre. Le vernissage a lieu ce vendredi 24 juin à 18h30.

 

affiche jeux olympiquesParmi tous les clichés mis à disposition par le Mémorial de la Shoah qui a réalisé cette exposition, le centre-musée Edmond Michelet a choisi pour son affiche celui qui paraissait le plus symbolique des enjeux qui peuvent peser sur le sport, notamment à cette époque trouble de notre histoire. C’est une simple photo en noir et blanc prise lors de JO de Berlin en 1936. On y voit Luz Long et Jesse Owens, côte à côte en pleine discussion le long de la piste du saut en longueur. Image banale de deux athlètes lors d’une compétition? Bien plus que cela.

L’un est noir américain, l’autre blond aux yeux bleus, citoyen du Reich et fier de l’être. Deux sportifs que tout oppose, mais sur la piste une autre histoire s’écrit. Jesse Owens et Luz Long, immenses champions, s’admirent mutuellement et ne s’en cachent pas. Une proximité qui, à Berlin, en 1936, sous les yeux du Führer et d’un aréopage de dirigeants nazis installés dans la tribune officielle, ne passe pas inaperçue. Une incroyable fraternité que le vent de l’histoire n’aura pas emportée. L’Allemand mourra au combat, en Sicile, à l’âge de 30 ans, mais l’Américain évoquera son ami berlinois jusqu’à la fin de sa vie, en 1980.

stade olympiqueToujours est-il que ce 4 août 1936, amis envers et contre tout, les deux champions ont défié le régime nazi. On fait cependant dire à l’histoire qu’Hitler aurait refusé de serrer la main de l’athlète noir… Jesse Owens, et c’est tout à son honneur, ne participa jamais lui-même à la fabrication de ce bobard (il rappelait dès qu’il le pouvait qu’il fut acclamé par les Berlinois avec autant d’enthousiasme que pour les athlètes allemands), mais il ne put empêcher d’autres de l’utiliser comme un symbole. Ce que l’exposition ne dit pas (et ce n’est d’ailleurs pas le sujet, quoi que!), c’est que le président Roosevelt ne recevra pas à la Maison Blanche à son retour le quadruple médaillé d’or de Berlin. A quelques jours d’une élection dans les Etats du Sud, cela aurait pu lui coûter de précieux votes… La politique a ses raisons que le sport ignore.

photo giovani balilaIl en est ainsi en cette période où l’Europe d’entre deux guerres est en marche vers un nouveau conflit mondial. En glorifiant le corps des athlètes, les régimes totalitaires et autoritaires font des disciplines sportives des lieux d’embrigadement des populations, un terrain de propagande idéologique et un instrument au service d’une diplomatie agressive.

Depuis leur résurrection à Athènes en 1896 par le baron Pierre de Coubertin, les Jeux olympiques contemporains fascinent les individus et sont rapidement confrontés à des réalités contradictoires: d’un côté “l’idéal olympique”, sans cesse réaffirmé par le CIO (Comité international olympique) et de l’autre, les contraintes des idéologies, les mesures des régimes politiques d’exclusion ou encore les actions de propagande. Les pouvoirs nazis et italiens ne vont pas s’en priver (la France de Vichy prônera elle aussi travail, famille, patrie et sport).

photo ghettoDans le même temps, le sport affirme aussi un nouveau visage et devient un espace d’émancipation et de résistance au nazisme. L’organisation des 11e JO attribués en 1931 à la République de Weimar va se trouver bouleversée par l’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler. Les Jeux sont dorénavant marqués par l’instrumentalisation idéologique et la diffusion de la propagande nazie en Europe et ailleurs. En réaction, des appels au boycott des Jeux sont lancés au nom des principes fondamentaux des démocraties et de l’esprit olympique. Lorsque la terreur nazie s’abat sur l’Europe, le sport devient aussi un instrument de soumission et de cruauté utilisé contre les victimes de l’univers concentrationnaire. Le sport comme vecteur de bien des messages… le sujet reste très actuel.

Ce sont tous ces aspects qu’aborde cette exposition présentée au premier étage du centre-musée, avec le soutien de l’ONAC (Office des anciens combattants et victimes de guerre) de la Corrèze et de la DMPA (Direction de la mémoire, du patrimoine et des archives). Elle s’articule autour d’une vingtaine de panneaux et de fac-similés, tels des billets d’entrée aux JO de Berlin, prêtés par le Mémorial de la Shoah.

Le centre l’a enrichie de matériels sportifs de l’époque, prêtés par le musée Labenche ou des particuliers. Les archives municipales ont également apporté leurs concours avec des documents plus locaux et la librairie Bulles de papier y a annexé quelques BD de son cru.

Entrée libre et gratuite. Horaires d’ouverture: du lundi au vendredi de 11h à 18h et le samedi de 13h à 18h. Infos au 05.55.74.06.08 et sur museemichelet.brive.fr. Vous pouvez également suivre le centre-musée sur sa page Facebook.

Marie Christine MALSOUTE

Marie Christine MALSOUTE

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