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Le prix Mallarmé ouvre à la poète Claudine Bohi la porte de sa toute première résidence d’écriture

Poète reconnue, Claudine Bohi a publié une vingtaine de recueils et reçu de nombreux prix, dont le grand prix de l’Académie Mallarmé pour Naître c’est longtemps (La tête à l’envers) lors de la dernière Foire du livre de Brive. Cette distinction lui a aussi ouvert la porte d’une résidence d’écriture à Brive et c’est avec bonheur qu’elle en fait pour la toute première fois l’expérience dans la maison du centre-ville. Elle va y travailler tout le mois durant sur deux projets, entre voyage sur Mars et plongée autobiographique. Deux territoires apparemment éloignés. Apparemment seulement…

Halo lumineux de cheveux clairs encadrant des yeux bleus et un large sourire. Claudine Bohi ouvre la porte de la maison de la rue Jean Fieyre. “Depuis une semaine que je suis là, je découvre Brive que je connaissais très peu. C’est une ville très rassurante avec ses maisons carrées, ses grosses pierres. Je m’y sens bien”, confie l’écrivaine. Même sentiment rue Jean Fieyre. “Dans le jardin pousse un houx, mon arbre préféré.” Un bon signe.

Dans la maison, il règne un silence parlant. J’écris et je lis beaucoup. J’ai découvert beaucoup de livres dans la bibliothèque et j’y ai retrouvé des amis poètes : Werner Lambersy, Serge Pey, le poète kurde Seyhmus Dagtekin, Gérard Bayo, Francis Coffinet, Matthias Vincenot, Alain Duault…” mais aussi un romancier, Marc Pautrel, dont l’ouvrage Une jeunesse de Blaise Pascal l’a illuminée. “En découvrant le livre, je me suis rendue compte que l’auteur était aussi venu en résidence d’écriture ici. C’est un lieu qui inspire.”
Elle se surprend à y travailler beaucoup, dans un tout autre rythme que chez elle, dans ses repères. “Je commence à écrire dès le matin, en prenant mon café. Je comprends maintenant pourquoi on m’avait si souvent conseillé de faire des résidences. On est tranquille. On n’est là que pour écrire, regarder, rêver.”

Durant le temps de sa résidence, Claudine Bohi travaille sur des thématiques a priori lointaines. “A la demande de Jacques Fournier, directeur de l’ancienne Maison de la poésie et des itinéraires poétiques de St Quentin en Yvelines, je suis allée à la rencontre  d’un scientifique travaillant avec la Nasa sur la planète Mars. Je pensais que je serais là loin de mon univers. En fait pas du tout. On se pose les mêmes questions. Qui sommes-nous? Où allons-nous? Que pouvons-nous?… ” C’est même un territoire qui croise sans qu’elle ait pu le soupçonner de prime abord le sien propre. “J’écris aussi quelque chose de plus personnel, autobiographique, mais qui plonge ses racines dans l’histoire collective, en particulier les traumas engendrés sur plusieurs générations par la guerre de 14-18″, explique cette agrégée de lettres, également psychanalyste.

“Très tôt, j’ai fait une psychanalyse, poursuit-elle. Contrairement à ce que l’on peut dire, cela ne stérilise pas les écrivains.” Et écrivain, poète, Claudine Bohi l’était au commencement. “J’ai toujours écrit. J’ai eu une enfance difficile. Les mots m’ont sauvée. Les chats aussi. Mais surtout les mots. Je les ai très tôt aimés, caressés, avalés et redonnés.” A l’usage, elle s’est vite aperçue que le travail d’association libre pratiqué en psychanalyse était très proche du travail poétique. “On n’est pas là dans le discours mais dans les deux cas aux portes de l’inconscient”, un terme qu’elle rechigne un peu à employer tant il a été galvaudé et pourtant… “Quand j’avais des patients, leurs associations étaient souvent extrêmement poétiques.”

Elle poursuit: “Le dénominateur commun à la psychanalyse et à la poésie sont les mots. Ils sont extraordinaires, absolument immenses. Ce sont des réservoirs infinis. Sous cette couverture collective qu’est la signification, il y a le sens, toujours personnel. Le mot est lesté de particularismes. C’est ce qui fait que l’on ne se comprend pas toujours bien.” Mais c’est ce qui fait aussi qu’il est possible de créer et de vivre. Et d’ajouter: “Le mot, pour chacun, est ancré dans son individualité. On apprend toujours à parler dans des expériences définies et particulières, inséparables de notre situation et de notre corps. Ainsi, ce que chaque mot porte est pour chacun infini. C’est là, au fond de nous. C’est comme ça pour tout le monde. Le poète est simplement celui qui essaie de le montrer.”

 

Jennifer BRESSAN, Photos : Diarmid COURREGES

Jennifer BRESSAN, Photos : Diarmid COURREGES

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