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Le bonheur est dans le pré

Rossignol, son jeune taureau d’une tonne, va concourir au prochain Festival de l’élevage. Comme Sublime et Praline, deux de ses génisses limousines. Une passion pour Jean-Charles Fontaine qui se revendique « paysan ». Avec un profond attachement à la terre de ses ancêtres et à sa liberté.

Voutezac. Au lieu-dit L’Abbaye, le corps de ferme domine toute la vallée. Les Fontaine sont installés là depuis 1650, accrochés à cette terre qui nourrit les hommes depuis des générations. Après un BTS en production animale à Naves, Jean-Charles a pris naturellement la relève en 2009. « C’était une évidence, depuis tout petit. »

À 34 ans, il se trouve aujourd’hui à la tête de 300 hectares et de quelque 580 bêtes. En grosse majorité, des veaux, des broutards à engraisser pour leur viande. Ce qu’il appelle le côté « raison », le nerf de son exploitation. Il possède aussi des bêtes de reproduction et plus d’une centaine de génisses. Côté « passion », l’éleveur bichonne ses bêtes de concours qui lui ont déjà rapporté de nombreuses plaques. L’an dernier, sa limousine Nacelle a décroché un titre de championne nationale.

Chaque année, Jean-Charles Fontaine aligne ainsi entre trois et cinq bêtes dans différentes sections. Fin août à Brive, il en présentera d’ailleurs trois : Rossini, qu’il appelle affectueusement Rossi, un taureau impressionnant de moins de trois ans qui frôle déjà sa tonne, Sublime, dans la section génisse, et Praline, en génisse pleine.

Évidemment, décrocher un prix est bon pour les affaires : il témoigne de la qualité de l’élevage et de la descendance qui peut en découler. « C’est une reconnaissance, mais ce n’est pas le but premier. C’est avant tout le plaisir de préparer l’animal, de rencontrer d’autres éleveurs », assure l’éleveur. Son dérivatif qui lui permet de s’évader du quotidien. Qui s’y ajoute aussi car la préparation demande du temps : « Il faut une alimentation spécifique, dresser l’animal pour la présentation, lui apprendre à rester calme, l’habituer au bruit. On commence tout doucement par des déplacements dans la cour, puis dans des petits comices… les premières sorties sont les plus compliquées. »

Cette passion l’a poussé à se lancer pour le seul plaisir dans une collection de « races bizarres ». Il a ainsi un troupeau où se mêlent salers à la robe rouge bordeaux, vosgienne blanche à flancs noirs, ferrandaise aux motifs poudrés et la fauve aubrac. « J’adore les vaches », se justifie-t-il.

L’éleveur baigne dans son bonheur, sans occulter pour autant les problèmes qui pèsent sur son secteur. « L’élevage est devenu compliqué : d’un côté, le prix des entrants ne cesse d’augmenter, de l’autre les grossistes maintiennent leurs marges et nous, au milieu, servons de variable d’ajustement. On doit aussi se mécaniser en évitant de se suréquiper. Pour survivre, il faut tenir compte de cette réalité économique. » Afin de maîtriser les coûts, lui a choisi d’être le plus autonome possible en céréales. Il cultive maïs, blé ou luzerne, et ne fait entrer de l’extérieur qu’un tiers des aliments. Une partie « végétale » dont la gestion incombe à son père Jean-Pierre, toujours à ses côtés, et qui assure aussi le suivi des pommiers. Ils se sont aussi lancés l’an dernier dans le kiwi. « Nous avons planté 300 pieds, on va voir si ça prend et il ne faut pas compter sur une première récolte avant trois ans… »

Malgré les difficultés, les journées chargées, les efforts qui ne se comptent pas, les vacances tronquées, Jean-Charles ne changerait pas de métier et ne se voit surtout pas comme un chef d’entreprise : « Je suis paysan. J’aime cette terre, mes bêtes, la convivialité, l’entraide entre éleveurs. C’est un métier exigeant, mais c’est aussi beaucoup plus libre… c’est un choix de vie. » Et qui sait, un de ses deux jeunes enfants aura peut-être lui aussi la fibre et reprendra-t-il/elle plus tard le flambeau…

Marie Christine MALSOUTE, Photos : Fatima Kaabouch

Marie Christine MALSOUTE, Photos : Fatima Kaabouch

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