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La "fraternité d'ignorance" d'Eric-Emmanuel Schmitt

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Cette année encore, c’était l’une des pointures en tête des ventes et signatures de la Foire du livre de Brive, comme l’a fait apparaître tout à l’heure le bilan de cette édition tout juste achevée. Dans La nuit de feu, Eric-Emmanuel Schmitt raconte 25 ans plus tard, comment, perdu dans le désert saharien, d’athée il est devenu croyant. Une foi qui ne l’aveugle pas, au contraire. “La confusion de croire et savoir donne le fanatisme.” Il s’en remet à une “fraternité d’ignorance”, socle pour lui de la tolérance.

 

schmitt1Une nuit peut changer une vie. Il en a suffi d’une pour changer la sienne. A 28 ans, le jeune et brillant agrégé de philosophie entreprend une randonnée à pied dans le Hoggar. Et il se perd. Pendant u e trentaine d’heures, sans rien à boire ou à manger, ignorant où il est et si on le retrouvera. Sous l’immensité étoilée, l’athée vit une conversion fulgurante. Il aura attendu plus de 20 ans avant de raconter cette expérience.

Que l’on partage ou non la foi d’Eric-Emmanuel Schmitt, La nuit de feu est un véritable bonheur. Le personnage aussi d’ailleurs. Parce que le livre tout autant que son auteur touchent juste: croire ce n’est pas savoir et “il faut accepter cette humilité de ne pas savoir”. “Ce que je sais n’est pas ce que je crois. Et ce que je crois ne deviendra jamais ce que je sais.” Et de s’insurger: “Aujourd’hui, le monde retentit des horreurs de gens qui ont la foi”.

schimtt2“Est-ce que Dieu existe?”, interroge-t-il. “Je ne sais pas, je crois que oui”, se répond-il. André Comte-Spongille, son voisin de stand sur la Foire du livre à qui il a posé la question, répond “je ne sais pas, je crois que non”, puisque “l’absence de preuve n’est pas non plus une preuve de la non existence”. “Ça veut dire que nous sommes d’accord”, s’amuse Eric-Emmanuel Schmitt. “Nous sommes frères en ignorance. Et c’est au nom de cette ignorance qu’il nous faut être tolérant.

La véritable fraternité ne réside pas dans le partage d’une croyance ou celui de son absence. La fraternité, mère de tolérance, prend ainsi sa source dans l’acceptation de l’ignorance comme donnée intrinsèquement humaine: “Notre vie spirituelle, notre façon d’habiter la condition humaine, est notre carte d’identité”. Serait-ce ainsi le socle de la laïcité moderne? “De l’humanisme en tous cas”, soutient l’auteur qui ajoute taquin à l’intention de son interlocutrice Karine Papillaud: “Les gens vont croire que j’ai écrit un essai philosophique alors que c’est d’abord une histoire”. Un récit qu’il n’aura pas eu de mal à faire resurgir 25 ans plus tard: “Je ne prends jamais de notes et de photos, je fais confiance en mon cerveau. J’y suis descendu et tout était là. Etre écrivain, c’est cette faculté de se déplacer intérieurement.

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Marie Christine MALSOUTE

Marie Christine MALSOUTE

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