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Jean Rochefort offre une rencontre mémorable au public

Mémorable! La rencontre avec Jean Rochefort, offerte au public hier après-midi dans un théâtre briviste archi comble, dans le cadre de la Foire du Livre, laissera longtemps un très beau souvenir aux chanceux qui ont pu y assister.

“Je suis impressionné d’être là, face au public, dans ce théâtre. Ça ne se voit pas trop, mais c’est parce que j’ai du métier”.

Dès les premières minutes de la rencontre d’hier après-midi au théâtre, Jean Rochefort a donné le ton. On va passer en revue quelques-uns des souvenirs de son exceptionnel parcours avec le sourire. Du moins était-ce son intention. On a ri, évidemment. Mais l’émotion s’est souvent invitée.

Derrière l’acteur qui se grime volontiers en clown, les spectateurs de la rencontre animée par Laure Adler ont perçu l’homme, celui qui manque de confiance en lui: “Embryon, j’espérais que ma mère ferait une fausse couche”, s’amuse Jean Rochefort, citant là la première phrase de son livre Ce genre de choses, né “d’effluves de souvenirs qui me sont revenus”.

Un peu plus loin dans sa vie, il aura fallu toute la force de conviction de l’ami Jean-Pierre Marielle pour convaincre le jeune Jean de se rendre à sa première audition, pour intégrer une compagnie de théâtre qu’il admirait. “Je ne voulais pas y aller. Marielle m’a dit qu’il me donnerait la réplique. Rien à faire, je ne voulais pas. Puis il a sorti l’argument qu’il fallait, un argument comme seul Marielle peut en trouver: “Mais enfin! Le bus est direct!”. Je suis donc allé à l’audition, j’ai été pris et je suis resté 7 ans dans la compagnie”.

Celui qui se qualifie de “rigolard désespéré” a évoqué quelques uns de ses partenaires de métier, ses amis. Marielle, bien sûr, mais aussi Belmondo.

“J’ai immédiatement perçu que cet homme avait du talent. Il est biologiquement fait pour jouer, à l’instar de Brando”. Lorsque Jean Rochefort s’installe, il y a quelques années à Paris, quittant son élevage de chevaux après avoir été “détruit par le tournage de Don Quichotte” où il avait accepté, sous la pression du tournage, de monter un cheval affamé pendant 40 jours pour les besoins d’une scène, il explique que “s’installer à Paris était en effet la solution pour faire le deuil de ma relation au cheval, et puis, à Paris, je ne suis pas loin de Belmondo, alors quand ça ne va pas, je l’appelle“.

“Sur Belmondo et son talent, je ne me suis pas trompé comme je me suis trompé sur Annie“, reconnait le célèbre moustachu. Annie, c’est Annie Girardot. Formidable actrice. Et pourtant, à ses débuts, Rochefort avait été la voir pour lui dire… de retourner à son ancien métier d’assistante sociale! Très vite, les deux monstres sacrés du cinéma deviendront amis.

Au fil d’une carrière admirable, Jean Rochefort, qui, contrairement à ses amis de Conservatoire, n’avait pas obtenu son concours de sortie, a pris confiance grâce au théâtre et à une grande comédienne: “Alors que j’étais encore considéré comme un jeune acteur clown, Delphine Seyrig, qui était la plus belle actrice d’Europe, a voulu que je sois son partenaire au théâtre. Je devais la prendre dans mes bras, l’embrasser. Avec mon physique, je pensais que les gens allaient se moquer, que ça ferait rire. Ca s’est très bien passé, j’ai vraiment gagné en confiance grâce à ça. Delphine Seyrig a été très importante dans ma vie”.

Désormais doté d’une “énergie d’octogénaire” qui confesse en riant fort avoir “même eu quelques érections l’année dernière”, cet état le mettant “au bord de l’infarctus”, Rochefort avoue: “J’ai tendance à m’admirer de plus en plus”. Puis ajoute: “C’est sans doute la sénilité!”

Un ultime trait d’humour avant une ovation debout du public pour saluer le magnifique comédien autant que l’homme à la trajectoire singulière et à la pudeur émouvante.

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Olivier SOULIÉ

Olivier SOULIÉ

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