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En France avec Florence Aubenas

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La première grande soirée de la Foire du livre de Brive s’est penchée sur la société, celle qu’on voit par le petit bout de la lorgnette du banal quotidien, celles de ces scènes de vie minuscules, négligées des médias, qui bout à bout composent la France d’aujourd’hui, finalement majoritaire. Des scènes de vie ordinaires croquées dans son livre par Florence Aubenas qui ont nourri le constat un peu poncif sur “une crise de la démocratie”, “la désaffection pour les hommes politiques”, “les crispassions identitaires”…

florence aubenas

Grand reporter au Monde, Florence Aubenas a sillonné la France de l’infra-ordinaire. Celle des millions de Français qui peinent à joindre les deux bouts mais triment, rigolent, râlent, votent par conviction ou par dépit, partent en camping sauvage retrouver un peu de paix. La journaliste en a rapporté des chroniques où, d’une phrase, d’un détail, elle dévoile tout un monde qui peine à se faire entendre, celui du réel, tel quel. Ces reportages finissent par dessiner en pointillé un territoire. Ce sont ces chroniques qui mises bout à bout ont donné un livre, un vrai succès auprès du public, sous le simple titre En France.

“On cherche souvent un adjectif, mais c”est la France tout court“, répond Florence Aubenas à Julien Bisson de la rédaction de Lire qui la titille gentiment sur le titre. “Pas la France d’en bas, ni périphérique… Pour moi, c’est Paris qui est périphérique! La France, c’est le centre.” Trois extraits du livre joliment lus par la comédienne Marianne Denicourt vont émaillées la soirée.

lecture“L’Etat, pendant longtemps, c’était nous. On a pris la Bastille, coupé la tête du roi, la République c’est la nôtre… Or les gens ont de plus en plus l’impression de vivre dans un Etat qui ne les traite plus de façon égale. On vote pour quelqu’un mais on ne se reconnait plus dans les décisions finales…. Nous sommes tous des Jean Jean Valjean et pas du tout des Javert“, caricature Florence Aubenas en empruntant aux Misérables. Elle raconte l’élection du Front national Hénin-Beaumont, les cercueils en vitrine à Breteuil pour protester contre l’impôt, le camping sauvage sur la plage de Piémanson en Camargue… On retrouve la plume de la journaliste, sa façon de camper des situations, le goût pour la petite phrase attrapée au vol…

“Ce qui m’interpelle, c’est cette inversion du centre et de la périphérie. Pour une certaine société médiatique, politico artistique parisienne, cette France majoritaire est devenue un sujet exotique“, pointe Olivier Adam pour décrier de concert: “Ceux qui nous représentent nous ont abandonné, il y a un sentiment d’invisibilité.” De là à verser dans la nostalgie de ce temps d’avant qui était mieux… “Plus dur peut-être mais il y avait un partage, une vie en commun, une certaine dignité, c’est ce souvenir qui se transmet. Aujourd’hui on est dans un social qui s’apparente à de la mendicité“, argumente l’académicienne Danièle Sallenave. “Personne ne se risque à exalter la France telle qu’elle est, plus complexe, multiculturelle. On parle de la jeunesse comme un problème”, dénonce à nouveau Olivier Adam. L’horizon serait-il si bouché?

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Marie Christine MALSOUTE

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