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Deux sœurs sur les routes

A bord de leur van baptisé Arie, Camille et Anaïs, deux Brivistes, deux sœurs, vont partir lundi sur les routes de France et d’Europe pour une durée indéterminée. Retour sur un rêve devenu réalité. Un voyage à la rencontre des autres et de soi.

Tout est parti d’un rien, d’une idée jetée en l’air. Un pied de nez à la fatalité. Et si on achetait un camion et on se cassait ? “Chiche !” a répondu l’aînée. Que celui qui n’en a jamais rêvé lève le doigt. Mais combien l’ont fait? Le mois d’après, les deux sœurs, la trentaine audacieuse, cherchaient déjà un camion… et le trouvaient.

Mais en fait, pour bien raconter cette histoire, il faut remonter un peu plus loin, au déclic, à l’électrochoc. “Notre beau-père est mort en 2016. Il est parti en deux mois et demi.” Trois ans plus tard, Camille et Anaïs perdent leur mère. Brivistes de naissance, elles habitent et travaillent alors toutes les deux dans le sud de la France depuis une dizaine d’années. Pas très loin l’une de l’autre mais lointaines pourtant. Rien ne les prédestinait un jour à tailler la route ensemble. “Notre mère et notre beau-père n’avaient jamais vraiment voyagé.” Ils n’en ont pas eu le temps. “C’est grâce à eux que nous pouvons le faire aujourd’hui, grâce à ce qu’ils nous ont légué et on veut faire vivre leur mémoire à travers notre voyage.”

C’est à Angers qu’elles ont déniché leur camion. Parmi leurs seules exigences: “qu’il y ait un coin nuit, une petite douche et qu’on puisse se tenir debout”. Leur van a tout cela et bien plus encore. De l’extérieur, il ne paye pas de mine. Mais il a beaucoup de rangements et un bon moteur. “Avec lui, on peut passer inaperçu”, et elles ne demandent pas mieux ! Il a été ingénieusement équipé et pensé jusque dans les moindres recoins par l’ancien propriétaire qui y habitait avec sa femme, ses deux enfants et son chien.

Couchages à l’arrière, douche, toilettes chimiques, banquettes qui peuvent servir de couchette à deux personnes supplémentaires et même des panneaux solaires sur le toit… “Le frigo fonctionne en 12 volts quand on roule sinon au gaz ou sur du 220 une fois branché”, détaille Camille qui mène la partie technique de la visite. “Ici, il y a la batterie qui se recharge quand on roule et grâce aux panneaux solaires, là le réservoir d’eau pour la douche, la chaudière pour l’eau chaude…”

L’espace est réduit mais tout y est. C’est assez rudimentaire mais les filles s’y sentent bien. Anaïs a même déjà apporté quelques touches perso et déco. Elles l’ont baptisé Arie, fruit de la contraction de leurs noms de famille. “Celui de notre père et belle-mère et celui de notre mère et beau-père.” Un nom qui trace un pont entre cette famille recomposée, entre les disparus et les vivants, tous bien présents à leur manière.

“Une fois le van acheté et nommé, on ne pouvait plus reculer.” Alors elles ont avancé. “On ne fait pas les gros bras. Nous sommes hyper organisées. On a pris toutes les assurances qu’il fallait pour être pris en charge si besoin.” Puis elles ont aussi dû refermer la page de leurs années dans le sud. “On a lâché nos CDI, Anaïs a vendu son appartement et nous avons dit au-revoir à nos amis. En avançant dans le projet, on s’est rendu compte qu’il y avait des solutions à tout et que beaucoup de gens étaient prêts à nous aider.”

L’itinéraire, en revanche, les deux jeunes femmes qui ont fait des études dans le tourisme l’ont construit seules et sont tombées rapidement d’accord. “On va remonter la côte Atlantique et passer du temps en Bretagne avec notre père qui a un bateau qu’on n’a jamais vu, puis en Normandie où on prendra le ferry direction l’Irlande.” Elles veulent aussi passer par l’Ecosse, le Pays de Galles et la Cornouaille, au sud de l’Angleterre, où elles reprendront le ferry vers Rotterdam. Elles avaient prévu de sillonner le Danemark, la Norvège et la Suède mais le confinement a décalé leur départ. Elles ont dû revoir leur itinéraire en fonction du climat des pays traversés. “On ira vers l’Est, la Lettonie, la Lituanie, la Croatie et jusqu’en Grèce pour finalement remonter par les pays du sud de l’Europe.”

Un itinéraire qui n’a rien de définitif. “C’est notre luxe, on a un camion, on va où on veut et on rentre quand on veut. Nous sommes libres!”, savourent-elles d’avance. Et surtout, elles veulent prendre le temps. “On veut ralentir, déconnecter“, explique l’aînée passionnée de théâtre. Elle compte tenir un carnet de voyage pour combler un besoin d’écrire jusqu’ici retenu, par pudeur; et elle espère que cette expérience aura toute la densité d’un voyage initiatique. Qu’il puisse répondre à sa recherche de spiritualité. Camille ressent un besoin pressant qui n’est pas si différent. “Je veux apprendre sur moi et revenir à un métier manuel qui ait du sens, où je me sente utile.” Puis il y a cette soif de rencontres, d’autres cultures et modes de vie. Rencontrer l’autre et en même temps se trouver soi.

Durant leur voyage, les deux sœurs n’excluent pas de mettre la main dans la terre. “Il y a de nombreux agriculteurs, éleveurs et apiculteurs qui offrent le gite, le couvert ou un emplacement pour le camion en échange d’aide pour les récoltes et on s’engage à consommer leurs produits.” Une consommation locale et en circuit-court à laquelle les deux sœurs sont déjà habituées. “Une amie nous a aussi préparé des shampoings solides, de la lessive, des produits d’entretien. Déjà qu’on va polluer avec le camion, l’idée est de laisser le moins de déchets possibles derrière nous.”

A quelques jours du départ, les deux sœurs sont impatientes. Il reste encore quelques ajustements techniques et mécaniques à faire mais aussi la valise de vêtements d’Anaïs à boucler, et ce sera un gros morceau ! “Vendredi, on aménage. Pourvu que tout rentre ! Samedi on dit au-revoir à nos grands-parents. Dimanche, c’est repos.” Et lundi matin, le grand saut ! Bonne route à elles !

Jennifer BRESSAN, Photos : Diarmid COURREGES

Jennifer BRESSAN, Photos : Diarmid COURREGES

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