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Ces Orient(s) qui désorientent

Boualem Sansal et Mathias Enard parlant d'Orient(s)

Orient et Occident, cette fracture imaginaire domine encore le monde. Mais où se situe la frontière? Y en a-t-il vraiment une? Un seul ou plusieurs orients?…  Mathias Enard et Boualem Sansal, prix Goncourt et de l’Académie française, ont ouvert les questionnements, navigant “le grand fleuve de la vie” que sont les religions jusqu’aux sources de l’humanité. “Dépasser les frontières, c’est aussi aller vers l’autre.”

 

Boualem Sensal“Il y a des milliards d’orients… extrême, moyen, proche, sans compter les hypothétiques que chacun a dans sa tête”, détaille Boualem Sansal. “Mais c’est toujours l’Occident qui imprime son image sur le monde”, analyse l’auteur de 2084 La fin du monde (Gallimard), une fable orwellienne sur fond de dictature islamiste. “C’est une notion floue” composée “d’un complexe de fictions collectives” pour Mathias Enard qui signe avec Boussole (Actes Sud) un roman encyclopédique qui suit le le monologue d’un musicologue franco-autrichien dans une nuit d’insomnie. L’un en est originaire, l’autre tout autant féru. Les deux s’accorderont dans l’acceptation qu’il s’agit finalement “de l’endroit où le soleil se lève… et qu’il se lève toujours devant soi”.

Mathias Enard“On cherche à séparer deux identités distinctes comme dans deux mondes différents alors que les frontières sont très floues, tout est conjoint”, relance le spécialiste polyglotte. “Où est la porte de l’Orient, avant on disait Vienne, aujourd’hui Istanbul, mais le monde est poreux.” L’écrivain algérien rebondit: “l’idée de frontière est partout et nulle part, chacun croit qu’elle est devant sa porte”. La dépasser pour lui ne se réduit pas à la volonté de conquérir, c’est aussi aller vers l’autre. Un peu pour lui comme “ces religions qui s’articulent les unes avec les autres”: elles sont “le grand fleuve de la vie, de la vérité que nous remontons tous, à la recherche des sources de l’humanité”.

Rencontre OrientSAu fil du temps qui s’égrène, les auteurs vont devant une salle comble invoquer Les Mille et Une Nuits, cheminer sur la route de la soie, citer des vers du poème Ithaque, confronter “l’ignorant et sa certitude, l’intelligent et ses questionnements”, pourfendre “les systèmes totalitaristes qui s’installent à notre insu”, s’interroger sur une forme de révolte existentielle… pour revenir à un définition de l’Orient qui serait celle “du voyage, de la transformation de soi“, explique Mathias Enard. “La notion de frontières est nulle part et partout et peut-être demain sera-t-elle dans l’espace où nous irons chercher notre histoire?“, interpelle Boualem Sansal.

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Marie Christine MALSOUTE

Marie Christine MALSOUTE

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