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Catherine Vidal : “nos cerveaux, tous pareils, tous différents”

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Plusieurs manifestations sont organisées en Corrèze à l’occasion de la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes fixée le 25 novembre. Ce matin, la neurobiologiste Catherine Vidal animait à ce titre une conférence-débat sur le sexe du cerveau qui a réuni grand public et travailleurs sociaux à l’espace Chadourne. L’occasion de remettre en cause bon nombre de préjugés.

A gauche Catherine Vidal, neurobiologiste, le préfet Bertrand Gaume et Jean-Marc Comas, maire adjoint en charge de la culture.“C’est normal, vous ne savez pas faire deux choses à la fois”, s’est entendu dire sur le ton de la plaisanterie le préfet de la Corrèze Bertrand Gaume. Ce n’était pas plus tard que lundi. “En écoutant d’une oreille attentive le déroulé de l’agenda, j’ai griffonné un calcul qui s’est avéré être erroné”. A l’auteur de cette remarque, une femme, le préfet a répliqué sur le même ton : “Voulez-vous que l’on fasse une course d’orientation avec carte? ” Par ces aveux du préfet, le débat du jour était posé.

Ces stéréotypes ont la vie dure. “C’est en n’agissant pas, en n’y prenant pas garde qu’on reproduit les comportements ordinaires discrimants”, a-t-il rappelé en pointant une série de “chiffres inacceptables”. Une femme sur 10 déclare avoir été victime de violences dans l’espace privé ou public. En moyenne chaque année en France, une femme décède tous les 3 jours sous les coups de son conjoint. Mais encore: une femme est victime de viol toutes les 6 minutes en France.

cerveau-sexe-et-prejuges4Parmi les moments clé de l’intervention de Catherine Vidal figure sa présentation de la menace du stéréotype. La neurobiologiste et directrice de recherche honoraire à l’institut Pasteur de Paris, a présenté l’effet direct d’un message négatif sur des performances, en l’occurrence le test de rotation mentale en 3D. Qu’on dise aux femmes qu’elles sont meilleures et elles ne sont que 28% à se tromper. On remarque aussi que la zone du cerveau activée est celle de la mémoire et de l’attention. Mais si, a contrario, on leur dit qu’en général, ce sont les garçons qui sont meilleurs à ce test, alors le taux d’erreur grimpe à 42%. Et les zones qui s’activent sont cette fois celles liées aux émotions. En outre, à la question: le message préalable a-t-il influencé le test, elles répondent non. “Cela montre que le message négatif a influencé de manière inconsciente les femmes. La perte de confiance a activé la charge émotionnelle qui a interféré avec le processus cognitif permettant de bien réaliser le test.”

cerveau-sexe-et-prejuges6Une démonstration éloquente, à l’image de la déconstruction des mythes selon lesquels les femmes seraient multitâches et naturellement douées pour le langage et le domaine littéraire. Des idées du passé invalidées, images IRM à l’appui. La spécialiste a aussi longuement démontré la plasticité des cerveaux qui sont tous différents. Rien à voir avec le genre ou le sexe. “Le cerveau se façonne en fonction de l’expérience vécue.”

Voilà qui sert de meilleures bases pour reposer la question de l’égalité homme femme, “une valeur constitutive de notre République”, a rappelé Jean-Marc Comas, maire adjoint en charge de la culture qui a plaidé pour que “l’égalité théorique” devienne “égalité réelle”. L’élu a, à ce titre, rappelé que la Ville de Brive, signataire de la charte européenne pour l’égalité femme homme dans la vie locale, était engagée dans ce combat. Elle a notamment investi en interne le champ de l’égalité professionnelle et de la lutte contre le sexisme. Elle a aussi mené en externe des actions auprès du grand public et présenté une exposition sur la place de la femme dans l’histoire de Brive. Plusieurs projets ont d’ailleurs été labellisés comme celui axé sur la mixité des métiers dans les collèges.

Les choses se sont améliorées. Pour continuer d’avancer, Laurence Rossignol, ministre des familles, de l’enfance et des droits des femmes a lancé le 8 septembre dernier “Sexisme, pas notre genre!”, un plan d’actions et de mobilisation. Il est soutenu par la direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations et sa délégation aux droits des femmes et à l’égalité. “Nous faisons beaucoup”, a terminé le préfet en se référant notamment au CHRS Solidarelles géré par l’association SOS Violences conjugales. Un centre d’accueil et d’hébergement qui a encore accueilli 25 femmes victimes de violences conjugales en 2015 et où le préfet se rendra le 25 novembre, jour de l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Un combat qui doit être celui de tous et qui requiert de ne jamais baisser la garde.

Jennifer BRESSAN

Jennifer BRESSAN

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