L'actualité en continu du pays de Brive


À Saint-Libéral, plongez dans la battle “Les Indes galantes”

C’est un film d’à peine 6 minutes, mais qui vous fait vivre intensément sur grand écran, près de 4 mètres sur 3, une battle de hip-hop sur musique baroque. La scène est extraite du ballet Indes galantes que Clément Cogitore à mis en scène en 2019 pour l’Opéra Bastille. Une expérience inédite et explosive à vivre jusqu’au 27 juin à la chapelle Saint-Libéral. Entrée libre du mardi au samedi de 10h à 18h et dimanche de 15h à 18h. Dans le respect de la jauge sanitaire.

Le court-métrage est multi primé. La scène dure 5 minutes et 46 secondes exactement. Certes, vous pourriez voir par vous même la vidéo sur Internet, mais l’expérience mérite d’être vécue grandeur nature, comme vous le propose le musée Labenche à la chapelle Saint-Libéral. “Nous avons voulu offrir une expérience inédite. Il faut s’approcher suffisamment de l’écran pour avoir la sensation d’être happé par les images”, explique le directeur Vincent Rigau-Jourjon.

Le lieu est totalement plongé dans l’obscurité. Derrière la tenture noire, seulement un écran géant qui délivre en boucle ce court métrage d’un son puissant. “Ce sont les conditions voulues par Clément Cogitore.” La scène ressemble à une de ces joutes de rue improvisées, une battle. Un groupe d’une trentaine de jeunes, hommes, femmes, enfants, à capuches ou casquette, vous inclut dans le cercle au centre duquel se succèdent une bande de Krumpers. Le Krump, c’est cette danse survoltée et révoltée née dans les ghetto de Los Angeles dans les années 1990, après les émeutes qui ont suivi le passage à tabac de Rodney King par des policiers. Sauf que la musique n’est pas du rap, mais du Rameau: Les Indes galantes. L’opéra-ballet de Jean-Philippe Rameau conte l’histoire d’une rivalité amoureuse sur fond de bataille entre les Indiens et les troupes françaises et espagnoles.

Clément Gogitore s’est emparé avec son génie de ces Indes moins galantes qu’il n’y parait pour en faire un spectacle hors norme. Il a décapé ce chef d’œuvre baroque, le premier opéra-ballet de Rameau, en le propulsant dans la jungle des villes, dans la réalité d’un monde tout aussi emprunt de violence et de désenchantement. Des images d’une force et d’une beauté régénérantes. “Il y a un parallèle avec notre époque. Nous sommes dans le cœur de l’actualité, dans le melting pot des émeutes”, commente le directeur. Ce mariage des contraires tissent ainsi les ponts entre les époques: d’une colonisation sanglante à une intelligente décolonisation des arts. Un espace que la classe préparatoire en Arts plastiques du lycée d’Arsonval aura d’ailleurs tout loisir d’apprécier prochainement lors d’une visite dansée concoctée par le musée et l’artiste Marie Artaud.

À noter que Philippe Béziat a également réalisé un long métrage documentaire sur les coulisses de cette réinvention révolutionnaire. La sortie qui était prévue en novembre dernier, a été reportée au 23 juin prochain. Une pépite à découvrir également.

 

 

 

Marie Christine MALSOUTE

Marie Christine MALSOUTE

Laisser un commentaire