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Un bel hommage à Roger Gouffault

“J’ai toujours eu foi en l’homme. J’ai la faiblesse d’y croire encore.” Un message que le résistant, déporté et inlassablement témoin des plus sombres heures de notre histoire, n’a cessé de transmettre jusqu’au bout aux plus jeunes générations. À quelque jours de l’anniversaire de sa mort en 2015, une cérémonie du Souvenir français a rendu hommage à ce Briviste d’adoption dont l’école des Rosiers porte le nom.

Sept ans après sa disparition, l’empreinte qu’il a laissée, reste toujours aussi palpable. Un grand nombre de personnes étaient ainsi venues honorer sa mémoire vendredi dernier auprès de sa sépulture dans le cimetière d’Estavel. Un parterre  où se côtoyer âges et fonctions, conseillers municipaux comme élèves, enseignants ou anciens combattants, famille et anonymes.

“Roger Gouffault fait partie de ces hommes et femmes de grande valeur dont l’exemple doit perdurer dans la mémoire de chacun d’entre nous. Dans un monde instable et incertain, il est plus que jamais nécessaire de se rappeler l’exemple de nos anciens contre la barbarie”, a souligné le maire Frédéric Soulier. Car Roger Gouffault qui aura connu le pire de l’homme, a toujours su garder sa dignité et n’a jamais rien perdu de sa foi en la fraternité.

Né à Paris en 1924, Roger Gouffault, et son frère jumeau Pierre, sont pupilles de la nation après le décès de leur père, mort des suites des gazages de la première guerre mondiale. En 1941, alors qu’il est modeleur, le jeune homme de 17 ans rejoint la résistance pour lutter contre l’occupant allemand. Distribution de tracts, fabrication d’engins explosifs… le combattant de l’ombre est arrêté en décembre 1942 par la police française. Il subira tortures et traitements inhumains sans jamais parler. Condamné à mort par la Gestapo, il échappera à l’exécution faute de preuve, mais pas à la déportation.

Réduit au matricule 34534 inscrit dans sa chair, il connaîtra l’horreur du camp de Mauthausen. Un monde où l’humain disparait sous les coups, les travaux harassants, le supplice des 186 marches qu’il fallait monter et descendre avec des pierres pesant jusqu’à 50 kilos. Grâce au soutien de prisonniers républicains espagnols, celui qui n’a pas encore 20 ans trouve la force de tenir. Transféré dans un camp annexe en montagne, pour percer le granit des tunnels destinés au lancement des fusées V1 et V2, c’est encore grâce à des prisonniers espagnols qu’il échappera à une mort quasi certaine en intégrant l’atelier d’ébénisterie.

Libéré en mai 1945, il revient en France, s’installe en 1947 à Brive où il crée une entreprise de modelage et fonde une famille en épousant Angèle, la fille d’un camarade de camp de concentration. Et c’est dès ce moment qu’il entame un devoir de mémoire qui l’animera durant plus de 60 ans. En juin 1947, dans une France d’après-guerre qui opte pour le silence face à l’horreur concentrationnaire, lui reconstitue avec des anciens déportés, l’ambiance d’un camp de concentration sur la Guierle. Car l’ancien déporté se refuse à l’oubli et entend bien témoigner de ce qu’il a vécu. Pour que personne ne puisse dire un jour que cela n’a pas existé et surtout pour que de telles atrocités ne se reproduisent plus jamais.

Pour sensibiliser les consciences des jeunes générations, il n’a cessé de rencontrer collégiens et lycéens, a participé à des voyages mémoriels à leurs côtés, écrit un livre autobiographique, Quand l’homme sera-t-il humain?, réédité quelques années plus tard sous le titre Déporté à Mauthausen. Quand nous n’étions plus que des nombres, témoigne inlassablement, sans rancœur et sans haine. Car de ces terribles années, Roger Gouffault a tiré de grandes leçons d’humanité. Et c’est bien cette foi inébranlable qui demeure présente dans l’esprit de tous et en fait une figure briviste unanimement appréciée. “Résister et aimer”, seront les deux maîtres mots de ce parcours auxquels s’attachera Laurent Richard, président du Souvenir français à Brive.

C’est ce parcours que la Ville avait honoré après sa disparition en octobre 2015, dans sa 92e année, en donnant son nom à une école dans le quartier des Rosiers. Des élèves participaient d’ailleurs à cette cérémonie. Quelques mois avant sa disparition, il avait également été fait commandeur dans l’ordre national du mérite.

“Il était heureux de transmettre ces valeurs d’humanité”, a témoigné très émue sa fille Rosette qui a conclu en reprenant quelques unes des paroles de son père: “Apprenons la beauté de la vie, ne créons pas de barrière entre les êtres humains, qu’elles soient sociales, religieuses, raciales ou politiques. Respectons nos différences. Tous ont droit de vivre dans la dignité et la liberté. J’ai toujours eu foi en l’homme. J’ai la faiblesse d’y croire encore. Soyons unis dans l’amour du prochain dans la paix”.

Marie Christine MALSOUTE, Photos : Fatima Kaabouch

Marie Christine MALSOUTE, Photos : Fatima Kaabouch

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