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Quand le livre vient en écrivant

Rencontre en ecrivant 1 pano

“L’écriture est un lieu de l’expérience où quelque chose se joue et on ne sait pas où ça va nous emporter.” Daniel Foenkinos, le tout nouveau prix Renaudot, aura résumer pour ses homologues Laurence Tardiez, Gautier Battistella et Lydie Salvayre auréolée de son Goncourt, cette urgence commune d’écrire.

Rencontre en ecrivant 2Autour de la table, sur un fond de bibliothèque bleuté, quatre auteurs de cette rentrée littéraire dont les médias puis les lecteurs, et pour deux d’entre eux les jurys, ont salué la qualité de leur roman et la singularité de leur inspiration. Avec Une vie en soi (Flammarion), Laurence Tardieu nous entraine sur les traces de la photographe Diane Arbus. David Foenkinos, un peu dans cette même démarche, retrace avec Charlotte (Gallimard) le destin également tragique de Charlotte Salomon, peintre juive morte à 26 ans dans le camp d’Auschwitz. Gautier Battistella, Un jeune homme prometteur (Grasset), signe un premier roman ambitieux et lui aussi très prometteur. Quant à Lydie Salvayre, Goncourt inattendu de l’année avec Pas pleurer (Seuil), elle mêle les souvenirs de la guerre civile espagnole de sa mère et l’expérience franquiste de Georges Bernanos.

Rencontre en ecrivant 3La rencontre s’intitulait “En écrivant”. Avec une telle invitation, le public devait bien s’attendre à cheminer à la source de l’inspiration. Il n’a pas été déçu de la balade au fil des interventions des auteurs justement inspirés et pas avares de confidences ni d’anecdotes. “L’écriture, la création ne sont pas des chemins tranquilles, mais des chemins de traverse, une quête de liberté pour trouver son propre royaume et commencer à exister”, tente d’expliquer Laurence Tardieu, encore marquée par cette rencontre intérieure entre Diane Aubus et elle, à 40 ans d’intervalle. “En voyant une exposition qui lui était consacrée, ça m’a percuté en plein coeur à un moment de vulnérabilité. Je me suis accrochée à cette main, ces photos, son engagement. J’ai eu l’impression d’avoir une soeur.” L’idée du roman a muri et s’est finalement imposée comme une évidence. “Chaque livre répond à une nécessité.”

Rencontre en ecrivant 4On est animé par le même type d’obsession qui démarre par un choc émotionnel“, rebondit David Foenkinos. “Le coup de foudre est souvent une reconnaissance de ce que l’on sent. On ne décide pas de ce trouble.” Lui aura été “saisi par la puissance créatrice de Charlotte Salomon” et “bouleversé par son oeuvre picturale autobiographique”. Egalement une vie tragique mais fulgurante. “Elle est allée chercher au plus profond d’elle même la lumière. J’ai envie de l’accompagner au-delà de mon livre. Ce prix Renaudot va donner un éclairage plus fort sur le livre mais aussi sur Charlotte Salomon qui a été oubliée”, se réjouit-il.

Gautier Battistella comme Lydie Salvayre auront trouvé le déclenchement de leur inspiration dans leur propre histoire familiale, comme une fresque initiatique. La mort d’un grand-père pour lui. La guerre d’Espagne pour elle,  à travers sa mère qui l’a vécue. “En écrivant, on cherche à dire quelque chose à ses proches”, argumente Gautier Battistella. “J’ai compris, après, que je me libérais, que je disais adieu au gamin que j’étais.” Lydie Salvayre abonde : “Je suis la fille d’une survivante.” Dans son roman, elle mêle les souvenirs de sa mère et le regard de l’écrivain Georges Bernanos. Deux voies entrelacées. “La lecture de Bernanos me bouleverse, j’admire sa liberté d’esprit qui lui fait dénoncer, bien que catholique, les évêques qui soutiennent le pouvoir franciste.” Pour elle, “un souffle de liberté qui nous arrache à notre étroitesse”. “C’est le livre sur lequel le masque que je porte est le plus transparent, où je suis la moins cachée.” Et Laurence Tardieu de poursuivre : “Chaque livre est un lieu d’expérience, c’est un cheminement vers la lumière.”

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Marie Christine MALSOUTE

Marie Christine MALSOUTE

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