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Quand Joséphine Baker venait parler racisme à Brive…

C’était le 20 février 1957, à 21h, au théâtre municipal. Il y a 64 ans exactement. La star du music-hall, “reine de la danse sauvage”, engagée activement contre le racisme, tenait une de ses conférences très populaires. Accueillie en triomphe et proclamée “citoyenne de la ville de Brive”. Retour sur cette page d’histoire.

D’elle, les archives audiovisuelles nous montrent davantage ses numéros avec ceinture de bananes qui ont à l’époque fait scandale. C’est oublié que Miss Baker, vedette américaine qui avait choisi la nationalité française, était aussi tout au long de sa vie une femme très engagée. D’abord contre l’obscurantisme nazi lors de la seconde guerre mondiale, au sein des services secrets des forces françaises libres, ce qui lui valut la croix de chevalier de la Légion d’honneur, la croix de guerre avec palmes et la médaille de la Résistance. Ensuite contre la pauvreté (elle a beaucoup donné aux œuvres caritatives et aux hôpitaux) mais aussi contre ce fléau des préjugés raciaux dont elle a elle-même souffert, traumatisée dans son enfance par la ségrégation qui sévissait dans son Missouri natal.

L’artiste était d’ailleurs “déléguée à la propagande de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme” (LICA à l’époque). C’est à ce titre que Brive l’a reçue ce mercredi 20 février 1957 au soir pour l’une de ses conférences très courues. La ville l’a reçue en “voisine” puisque l’artiste militante s’était installée avec sa tribu-arc-en-ciel (elle a adopté une douzaine d’enfants orphelins venus du monde entier) au château de Milandes en Dordogne où elle créa même un parc d’attractions.

Les archives municipales ont conservé des traces de cette conférence organisée par la mairie, notamment l’affiche annonçant la manifestation et le communiqué du maire de l’époque, Henri Chapelle, qui fut intégralement repris dans La Dépêche du Midi. “La grande artiste est le symbole même de l’idée d’égalité entre les races. Les conférences qu’elle donne sous l’égide de la Ligue internationale contre le racisme, attirent partout la grande foule. Brivistes, vous serez nombreux pour applaudir notre voisine et amie de terroir. Sa magnifique chanson “Dans mon village” que nous entendrons nous fera penser à son pays natal et nous penserons en même temps à l’immense et bienfaisante propagande qu’elle a faite dans le monde en faveur de la France, l’un de ses deux amours. Le public pourra applaudir les enfants des diverses nations dont Joséphine Baker est la mère adoptive. Ils feront en effet une brève apparition sur la scène, au début de la conférence.”

La venue de l’artiste fut un réel succès. “Sentiment de curiosité, certes, de la part de la foule”, relatait La Corrèze républicaine et socialiste, “mais sincère désir d’acclamer celle qui avait quitté en plein triomphe, à l’automne de sa vie, tant de succès, pour se consacrer à une lutte plus grande, peut-être, mais certainement plus ingrate: au rapprochement des hommes et des femmes.” Une venue qui, pour une autre parution du même journal, était “à point pour réagir contre une renaissance des préjugés raciques qui se développent en ce moment sur une large échelle”. Avec la saveur des mots de l’époque, l’article évoquait “un certain antisémitisme larvé qui sommeille” tout autant que “les Bons-z-Aryens”, les “rodomontades d’un Nasser”, les menaces de “roitelets esclavagistes” ou parlant de la ségrégation “les séquelles de barbarie persistant dans le grand pays à la bannière étoilée”. Des préjugés de race, pays ou couleur malheureusement persistants.

La Corrèze républicaine et socialiste du 2 mars 1957

La Corrèze républicaine et socialiste du 23 février 1957

 

Marie Christine MALSOUTE

Marie Christine MALSOUTE

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