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Pierre-Yves Demars, sa revanche historique

Pierre-Yves Demars

En sortant son ouvrage La Préhistoire de la Corrèze aux éditions Mille sources, le Corrézien Pierre-Yves Demars, ancien chercheur au CNRS et spécialiste du paléolithique supérieur, s’est lancé un grand défi: faire découvrir la préhistoire de la Corrèze aux Corréziens

En fumant les idées viennent« Par le passé, je me suis planté. Aujourd’hui, j’ai appris à être plus pédagogique », analyse Pierre-Yves Demars. Etre intéressant et savant, tout en conservant un niveau accessible au plus grand nombre a été l’horizon guidant le scientifique tout au long de son projet d’écriture qui l’a taraudé durant plus de 7 ans. « Le département possède un riche patrimoine et beaucoup d’études ont déjà été faites. Mais elles sont dispersées. Pour avoir une idée de ce qu’était la Corrèze au temps de la Préhistoire, il fallait balayer tous les travaux entrepris depuis un siècle et demi. Je pense être un des seuls à pouvoir faire ce travail ici« , confie Pierre-Yves Demars.

De fait, cela fait longtemps à présent qu’il cultive le souci de la vulgarisation. A quoi bon savoir seul, d’autant plus lorsque les choses découvertes ont matière à révolutionner la conception de l’homme préhistorique, et donc par ricochet, celui d’aujourd’hui. « Il n’y a pas de rupture entre ces populations d’il y a 20, 30 voire 40.000 ans et nous », assure le scientifique.  » Nous sommes les bénéficiaires d’une énormité d’inventions qui viennent du fond des temps.  Cela force l’humilité et tient de la révolution Copernicienne. » Non seulement la terre et l’homme ne sont pas le centre du monde mais en plus l’homme actuel n’est pas au centre de l’histoire. C’est la revanche du préhistorique et avec lui, de Pierre-Yves Demars.

portrait 2Pierre-Yves Demars est né du côté de l’Algérie en 1945. C’est à 10 ans qu’il s’installe en Corrèze et c’est encore dix ans plus tard qu’il fera ses premières fouilles, sur le site du Loup, vers Galop, à Brive. Mais entre ces débuts et sa consécration, le jeune adolescent a suivi un parcours incertain. « J’ai haï l’école de mon premier à mon dernier jour. Comme je devais gagner ma vie, j’ai exercé dans Les Postes à Paris quelque temps, avant d’intégrer l’Ecole pratique des Hautes études. Un renouveau prometteur ! Après avoir donné son congé sans solde aux Postes, en 1977, il passe sa thèse en 1980. Deux ans plus tard, il entre au CNRS et, pour la gloire, passe en 1995, son doctorat d’Etat.

Pierre-Yves DemarsLe hasard semble tenir une large place dans son parcours: « Il se trouve que le bassin de Brive est un haut lieu de la préhistoire. Si j’avais grandi ailleurs, peut-être me serais-je tourné vers une autre discipline. » Cela aurait été bien dommage car Pierre-Yves Demars a participé à révolutionner la discipline en ouvrant de nouvelles pistes de recherches: la paléogéographie, pour ce qui le concerne, soit l’étude de l’homme à l’intérieur de son territoire et les stratégies économiques dans le choix des matières premières. « On croyait le Cro-Magnon rustre. On le découvre logique, intelligent et artiste ».

 » Beaucoup de choses nous échappent encore, surtout du point de vue du spirituel. Dans des grottes de Bourgogne, nous avons un jour trouvé des feuilles de laurier très fines, taillées dans la pierre. Elles n’avaient aucune fonction mais c’était tout simplement des chefs d’œuvre. Je crois que l’artiste souhaitait voir jusqu’où il pouvait aller dans son art. J’ai souvent ressenti la même chose dans ma vie, dans ma volonté de savoir comme lorsqu’au détour d’un chemin, on découvre une colline qui en cache une infinité d’autres. Toujours, on continue pour savoir ce qu’il y a derrière. Nous, les scientifiques, nous sommes des grignoteurs de connaissance. » Dans le parcours de Pierre-Yves Demars, la préhistoire aura été tout à la fois une revanche et une victoire. Un parcours hors norme. Un livre à découvrir.

La Préhistoire en Corrèze, aux édition Mille sources. A vous procurer à la Maison de la presse et aux 3 Epis. Prix: 25 €

Jennifer BRESSAN

Jennifer BRESSAN

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