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Ma vie au temps du confinement : Houssni Mijem, danseur (15)

Dans la rue où il a commencé, dans le monde où il a tourné avec la compagnie Hervé Koubi, Houssni Mijem n’a jamais cessé de danser. Et même encore ces jours-ci. Chez lui, confinement oblige. Pour être prêt quand la vie va recommencer. Pour occuper ses journées, conjurer le temps, le sublimer.

Voilà quatre ans qu’il a rejoint la compagnie Koubi et depuis, il a été de tous les spectacles. Ce que le jour doit à la nuit, Les nuits barbares ou les premiers matins du monde, Boys don’t cry et Odyssée. Il n’y a pas si longtemps, dans un autre temps pourtant déjà, il était à New York en tournée avec la compagnie Koubi. « On avait quelques infos sur la situation mais on ne pensait pas que ce serait aussi grave et puis on était à fond dans la danse. »

Puis il y a eu le retour en France et l’annulation d’un spectacle programmé près de Marseille juste avant l’annonce du confinement. Le temps s’est arrêté précisément ici. « On a commencé à regarder la télé, à faire des recherches. C’est là qu’on a compris à quel point c’était sérieux. On a vu ce qui se passait en Italie, en Espagne, chez nous… » Houssni Mijem est alors rentré à Brive. Il a hésité à rejoindre les siens au Maroc mais la peur de leur apporter le virus l’a retenu. Il a craint un temps de l’avoir contracté. Fausse alerte. Juste les symptômes des allergies au pollen. Mais, du haut de sa stature impressionnante, le danseur reconnaît avoir peur du virus. Aussi respecte-t-il scrupuleusement le confinement. « Je reste chez moi. »

Une parenthèse étrange pour lui. « On avait un programme chargé et on bougeait tout le temps, on voyageait, on s’entraînait. » Chez lui, il essaie de conserver un rythme. « On a un programme. Hervé nous l’a appris dès le début. » Programme qu’il complète chaque jour. « Je peux commencer à 13h avec du stretching puis du work-out, j’enchaîne avec un programme d’abdos, 12 minutes intenses. Là, je suis échauffé pour faire d’autres exercices, travailler les épaules par exemple, après je suis prêt pour danser. » Il met la musique et fait ce qu’il sait faire, du hip hop, la house dance.

Le reste du temps, il échange avec sa famille, ses amis, les autres danseurs. « On reste en contact, on se motive, on partage des vidéos, des exercices, des idées sur la danse. » Puis il lit beaucoup, des livres en anglais sur le développement personnel et l’anatomie du danseur. « On n’a pas forcément besoin d’être musclé comme un bodybuilder, mais il y a certains muscles, souvent invisibles, à travailler pour durer. »

Dans cette attention portée au corps, l’alimentation joue aussi son rôle. « Pendant les tournées, on n’a pas beaucoup de temps pour manger ce que l’on veut.» Là, dans cette pause forcée, il le prend. Flocons d’avoines et lait de coco le matin, du pain grainé et sans gluten, des jus, des smoothies… « J’ai aussi un orgue à la maison. Je travaille dessus et j’écris.»

Le danseur veut mettre à profit cet espace pour essayer des choses nouvelles. Ces choses que l’on repousse au lendemain en temps normal. « Pour ne pas avoir de regret, c’est le moment de s’y mettre, de regarder les choses autrement, de prendre enfin le temps »; d’autant qu’il sait que lorsque les barrières seront levées, il va falloir mettre les bouchées doubles. « Beaucoup de choses nous attendent alors j’essaie de profiter de chaque instant, de vivre au jour le jour sans penser à demain.»

Jennifer BRESSAN

Jennifer BRESSAN

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