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“L’historien est comme un archéologue qui se promène dans un champ de ruines”

Au miroir de l’histoire, l’actualité s’éclaire. Mêlant sujets graves et légers, Emmanuel de Waresquiel nous parle, dans Le temps de s’en apercevoir (Les Arènes), de son/notre indispensable besoin d’histoire, avec finesse et humour. Une manière savoureuse et insolite… de prendre l’air du temps.

C’est l’un de nos grands historiens à qui l’ont doit de nombreux ouvrages parmi lesquels Talleyrand, le prince immobile ou Fouché, les silences de la pieuvre. Ici, point de biographie. “Ce n’est pas un livre d’histoire, mais le journal d’un historien, une succession d’observations sur des sujets de notre époque“, explique-t-il. Des sujets en apparence anodins mais tout au long du livre, on sent toujours l’omniprésence du temps. Sa “promenade buissonnière” se fait au fil de son présent avec en écho, la mémoire venant éclairer le propos.

Il évoque des histoires de famille, des portraits, des voyages, des jardins, des chiens, des lectures, des histoires de chaussures, de fumeurs, de mobiles… Il court après lui-même. Se raconter, n’est-ce pas donner les clefs d’une vocation devenue une passion? “Ça relève souvent de l’enfance”, admet l’universitaire. Pourtant, lui, enfant, avait plutôt le sentiment que cette histoire, la vie, cette marche du temps en avant, “passait au large de sa campagne, où les rythmes saisonniers des travaux agricoles tenaient lieu de quiétude”.  Sans frère ou sœur, avec des parents plus âgés que ceux de ses amis… Une vie presque insulaire. “Je n’avais pas le goût du passé parce que j’y vivais”, résume-t-il. “C’est cette impression conservée depuis son enfance que, parfois, au sens propre du terme, le temps ne s’exerce pas, qui m’a donné le goût de l’histoire”, explique Emmanuel de Waresquiel.  Dans son goût des traces et du voyage invisible, il y a pour lui “quelque chose de la griserie d’une chasse au trésor“.

Mais à ses yeux l’histoire ne peut se résumer à une série de données et de faits: “elle est construction”. “La vérité historique n’existe pas. L’historien est comme un archéologue qui se promène dans un champ de ruines et qui doit reconstruire un bâtiment. Quoi qu’il fasse, il ne sera jamais vraiment le même qui celui qui a existé.” Tout juste peut-il s’approcher au plus près de cette vérité. “L’histoire est un paradoxe: nous menons l’enquête de façon la plus rationnelle et nous avons a écrire un récit qui relève de la littérature, en créant du suspens, des rythmes, en faisant des choix qui vont à l’encontre du travail d’historien. Comment donner à entendre les voix du passé tout en les analysant?” Trouver l’équilibre entre les deux n’est certes pas facile. “Je suis un historien sur la crête de la vague, c’est l’exercice le plus casse-gueule”, plaisante-t-il.

 

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Marie Christine MALSOUTE

Marie Christine MALSOUTE

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